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vendredi 29 juin 2012

Au nouvel "homme fort" de la république : gouverner à gauche


Monsieur le président de la République,

Le 17 mai les urnes vous ont donné cette dignité, sinon légitimement, au moins constitutionnellement. Sur 46 066 307 inscrits (tant pis pour les non-inscrits) vous avez obtenu 18 000 668 bulletins, face à votre adversaire, 16 860 385 voix. Avec ces dix-huit millions de choix qui se sont portés avec plus ou moins de réticence sinon en votre faveur, au moins contre votre concurrent, vous n'hésitez pas à déclarer donner à notre pays l'orientation que vous avez décidée personnellement. Cela a été bien clair.

Or 3 982 822 suffrages se sont portés au premier tour sur une vision de l'avenir non seulement différente, mais disons-le tout net, opposée. Il se trouve que par discipline républicaine ces suffrages se sont reportés en grande majorité sur votre nom au second tour, face à ce qu'on pouvait à juste titre nommer "la Droite Dure". Sans eux, bien évidemment c'était l'échec assuré. Malgré tout, malgré votre détermination à mener la barque selon votre goût, ces voix vont vous demander des comptes. Il ne suffit pas de renvoyer dans les cordes l'adversaire, gouverner autrement est nécessaire.

Vous avez développé en 60 points votre projet de politique. Le moins qu'on puisse dire est qu'il est bien modeste sur tous les plans. Les volets les plus importants supposent l'accord de vos partenaires européens, accord que vous savez fort bien ne pas pouvoir obtenir. C'est facile. Ne restent que des retouches anecdotiques, que les médias se feront une joie de faire mousser.

Je ne vous ferai pas l'injure de penser que vous n'avez pas lu vous-même l'intégralité du programme du Front de gauche, abondamment diffusé depuis longtemps y compris dans toutes les librairies (le vôtre fut nettement plus tardif, et plus confidentiel). Point par point, vous noterez combien il diffère du vôtre. En particulier les citoyens sont bien plus mis en avant, et les institutions européennes mises en demeure d'accepter des différences de points de vues fondamentales, ainsi que les applications de celles-ci. Quitte à ce que ces applications aillent à l'encontre des traités, quitte même à casser ces traités inappropriés (pour prendre exprès un terme bien faible). J'ajouterai, et ceci est une touche personnelle, que pour moi ce programme "L'Humain d'abord" est sur certains points encore peu hardi.

"Votre" majorité parlementaire a récemment eu le courage insensé de s'abstenir au débat sur le MES, premier volet de la Nouvelle Austérité Perpétuelle. Que va-t-elle faire, alors qu'approche l'échéance du vote de ratification du TSCG qui bloquerait à jamais toute dérive même involontaire de la politique budgétaire des États européens ? Assuré d'avoir dans tous les cas une majorité qui vous est acquise, vous pliez la tête sous les injonctions de la chancelière allemande. Or elle est en mauvaise posture, avec le constat que toutes ou presque les élections régionales partielles conditionnant sa majorité au Bundesrat ont été pour elle de cuisants échecs. Elle sait aussi, ou elle devrait savoir, que la prospérité apparente non des citoyens allemands, aux conditions de salaire et d'emploi déplorables, mais des entreprises d'outre-Rhin, est due à la balance des paiements avec les autres pays européens pour une grande part. Si ces pays n'achètent plus, son pays aussi s'effondre. Lui rappeler ces vérités évidentes serait un grand service pour tous, à condition bien sûr que son obstination ne confine pas à un entêtement catastrophique.

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Si vous tenez à être soutenu, par une Gauche qui est tout de même l'un des pôles de la nation, et qui représente des forces vives affaiblies considérablement par un contexte très défavorable, il est de l'intérêt de (presque) tous de relever le défi d'un vrai redéploiement drastique des richesses. Car des richesses, il y en a. Il suffit, mais il faut les mettre en œuvre quitte à tordre quelques bras trop luxueux, français ou étrangers. Quitte à désavouer dans les faits des actionnaires sans scrupules.

Quant à l'indépendance nécessaire à la sérénité républicaine, il faut la concrétiser en se retirant complètement d'une OTAN simple bras supplétif d'une politique agressive d'outre-Atlantique. C'est très important. Et cela fera bien entendu de substantielles économies. J'aurais bien aimé que vous soyez prêt à sortir aussi de ce salmigondis totalitaire qu'est la pseudo-Europe qu'on voudrait nous vendre à travers les médias, mais je crains que vous n'y voyiez quelque inconvénient pour des tas de raisons fort loin des intérêts de nos concitoyens. Ou du moins, de 99 % d'entre eux...

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