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jeudi 20 août 2015

Morale, capital et travail

Essayons de répondre à quelques considérations.

La « morale », voilà un terme auquel je ne trouve aucun sens, même si les religions tentent d’y introduire des évidences dites « naturelles » de ce qui se fait, et ce qui ne se fait pas. S’y enchevêtrent des interdits à peu près communs à des civilisations très différentes, et d’autres prescriptions bien fluctuantes. C’est dire l’intérêt pour cette notion. On va pourtant oser parler, parfois, de « morale capitaliste » : le mot est gros, tant il peut prêter à caution.
Oui, pour un capitaliste, le seul critère valable est « ce qui se vend », ce qui veut dire qu’un gadget parfaitement inutile pour les simples individus, mais qui se vend bien grâce à des artifices de propagande, est utile pour le chiffre d’affaires, donc pour l’actionnaire. On voit là combien la notion « d’utilité » peut avoir des impacts différents. Toutes ces choses dites « utiles » sont créées par le travail.

Le travail est-il un concept utile ? Pour l’actionnaire, oui, s’il accroît son profit - sachant que ce n’est pas lui qui l’accomplit. Pour le travailleur, astreint à donner son temps, ses efforts, une partie non négligeable de sa vie à un actionnaire que la plupart du temps il ne connaît pas (et réciproquement), c’est bien plus discutable. Même si une petite partie de sa contribution lui est restituée sous forme de salaire, différé ou non, la frustration la plupart du temps inconsciente est grande. Ce n’est pas pour rien que le mot travail renvoie à des notions de torture, de pénibilité, loin de l’effort librement consenti en vue d’un but que l’on s’est fixé. Bien entendu, le pire des travaux est celui du chômeur astreint à des attentes interminables au Pôle Emploi, inutiles mais obligatoires, qui augmentent ses frustrations tout en le gardant conscient que ces efforts contraints n’ont d’utilité pour personne. Sauf que pendant qu'il est astreint à ces obligations, il ne peut contribuer par désespoir à des désordres qui pourraient perturber Messieurs les Actionnaires. Un bel exemple de contradiction susceptible de rendre fou.

Je ne sais pourquoi les capitalistes continuent à obliger les gens à travailler, ou à tenter de décrocher une place d'esclave, puisque cet argent qu’ils révèrent se multiplie à l’infini par la grâce des banquiers et des "montages financiers", sans recourir à la main du travailleur. Qu’ils aillent donc s’installer dans un coin, pour jouer tranquillement, et que les travailleurs enfin libérés puissent vaquer aux tâches importantes pour eux, pour leur famille, pour leur voisinage, pour des projets "régionaux" (géométrie très variable) devenus nécessaires... Au lieu d’échanger, partageons les fruits de la Terre et des efforts de tous selon leurs moyens, pour tous selon leurs besoins. Là, les capitalistes n’ont point accès à un système pareil, où la notion de profit individuel disparaît.

vendredi 19 juin 2015

Le Code du Travail est obèse ( Charles Hoareau, Rouge Midi )

Le code du travail est obèse

Tant que c’était les patrons qui le disaient on pouvait avoir des doutes, mais là si ce sont des « socialistes » comme Robert Badinter et Antoine Lyon-Caen qui l’affirment on ne peut qu’approuver.
Et quand Dominique Seux, l’incontournable éditorialiste de France Inter qui nous explique gentiment tous les matins en quoi la lutte des classes et toutes celles et tous ceux qui y croient sont dépassés, quand Dominique Seux donc, le journaliste du MEDEF, donne raison à ces brillants hommes de « gauche » on ne peut que se réjouir du consensus enfin trouvé pour le bien du pays et de ses masses laborieuses, euh pardon, de ses collaborateurs enthousiastes.

3000 pages pour le code du travail c’est beaucoup trop : il faut réduire. D’autant que ça économisera du papier et donc des arbres. La modernisation et la simplification au service de l’environnement, voilà une idée qu’elle est bonne !

Elle est tellement bonne que Rouge Midi a décidé de participer lui aussi à ce nécessaire choc de simplification et d’apporter ses propositions en ce sens. Lectrices et lecteurs à vous de dire.

Le code du travail actuel est divisé en 8 parties :
La partie I est consacrée aux relations individuelles de travail.
La partie II est consacrée aux relations collectives de travail.
La partie III porte sur la durée du travail, le salaire, l’intéressement, la participation et l’épargne salariale.
La partie IV a été conçue de sorte de pouvoir intégrer des textes réglementaires - décrets et arrêtés importants.
La partie V est consacrée à l’emploi.
La partie VI porte sur la formation professionnelle.
La partie VII intègre les professions et activités soumises à un régime particulier.
La partie VIII contient les dispositions régissant le contrôle de l’application de la réglementation du travail.

Voici donc nos propositions de simplification et de réécriture qui ne demandent qu’à être retravaillées

Préambule
L’emploi est un droit et tout salarié momentanément sans emploi doit, conformément à la constitution française, bénéficier d’un salaire de remplacement.

Nul n’a le droit de s’enrichir du travail des autres.

Les richesses produites par les activités humaines sont la propriété collective de la nation prise dans sa globalité et ce, indépendamment de la nationalité des individus qui la composent.

Le droit du travail est défini par les articles ci-après. Aucun accord collectif ne peut prévoir des dispositions dérogatoires par rapport à ceux-ci qui constituent un plancher de droit social.

- Partie I
Article 1 : tout salarié, sauf disposition décidée par le collectif de travail, pour des raisons d’activités temporaires, sera embauché en CDI avec une période d’essai d’un maximum d’un mois. Les CDD constituent l’exception et ne peuvent être renouvelés qu’une fois.
Article 2 : les licenciements économiques sont interdits (NDLR cet article supprime beaucoup de pages à lui tout seul)
Article 3 : en cas de mutation ou de baisse d’activité le collectif de travail a obligation de reclasser le salarié dans un autre secteur d’activité. (NDLR simplification)
Article 3 : si le collectif veut se séparer d’un salarié qui aurait commis une faute, celui-ci a un droit de recours suspensif devant le conseil de prud’hommes.

- Partie II
Article 1 : la propriété privée des grands moyens de production et d’échange étant interdite, c’est aux collectifs de travail qu’il appartient de décider les choix de gestion. Pour ce faire ils élisent leurs directions et celles-ci sont révocables à tout moment par référendum du collectif.
Article 2 : il est défini un certain nombre d’activités relevant du bien commun et des services qu’on appelle services publics. Ceux-ci sont gérés, comme indiqué à l’article I de la présente partie et sur des critères de réponse aux besoins et en aucun cas sur des critères de rentabilité.
Article 3 : pour les échanges internationaux il est interdit à un collectif de travail de spolier des travailleurs d’un pays étranger. Les échanges doivent se faire dans un souci de co-développement et de progrès social partagé. En cas de litige et en l’absence actuelle d’institution internationale respectueuse de la souveraineté des peuples, ce sont les accords de collectifs à collectifs qui trancheront.

- Partie III
Article 1 : la durée du travail est immédiatement abaissée, sans perte de salaires, à 32h et progressivement au-delà au fur et à mesure des besoins en emplois du pays. Les temps partiels imposés sont interdits.
Article 2 : tout travailleur a droit à prendre sa retraite à 60 ans étant entendu que les années d’études après le bac comptent pour le calcul des annuités.
Article 3 : Nul ne peut être embauché à un salaire inférieur à celui défini par le monde du travail et nommé SMIS (Salaire Minimum Interprofessionnel Social). (NDLR simplification, plus de dérogation)
Article 4 : l’écart entre le salaire minimum et maximum ne peut excéder le rapport de 1 à 5. Ce rapport a vocation à diminuer dans le temps.
Article 5 : l’évolution des salaires suit l’échelle mobile selon des critères fixés par les organisations syndicales de travailleurs. (NDLR : suppression de tous les articles et décrets sur l’intéressement, la participation et l’épargne salariale devenus inutiles)

- Partie IV
NDLR Elle est profondément remaniée et raccourcie en fonction des articles qui précédent (à peine 10% de la partie actuelle).

- Partie V
Le droit à l’emploi étant garanti par la constitution, cette partie est considérablement allégée
Article 1 : le gouvernement, en accord avec les organisations syndicales, définit tous les 5 ans un plan de développement des activités du pays nécessaires aux besoins de la population.
Article 2 : L’inspection du travail dispose des moyens nécessaires pour que soit garanti à toutes et tous un emploi et ce quelle que soit sa nationalité ou son handicap.
Article 3 : Il appartient aux organisations syndicales et aux salariés du ministère du travail de définir annuellement les missions et les moyens de l’inspection du travail afin que son efficacité soit garantie.

- Partie VI
Article 1 : la formation professionnelle continue, rémunérée comme un temps de travail, tout au long de la vie est un droit. Chaque année les collectifs de travail et leurs institutions représentatives définissent un plan de formation qui ne peut être inférieur à 10% du temps de travail total.

- Partie VII
Article 1 : aucun régime particulier ne peut être inférieur au régime général défini ci-dessus

- Partie VIII
Article 1 : les organisations syndicales non compromises avec le grand patronat et indépendantes de celui-ci bénéficient d’une représentativité irréfragable. Elles sont, avec l’inspection du travail et comme défini ci-dessus (Partie 5, article 3) le garant de l’application du droit social y compris dans les TPE et PME selon les dispositions réglementaires définies dans la partie IV
Article 2 : les IRP (institutions représentatives du personnel CE, DP, CHSCT et seuils) sont rétablies comme avant la loi de 2005. Les DUP [1] sont donc supprimées. Les IRP sont renouvelées au maximum tous les deux ans. Pour les TPE et PME des institutions élues spécifiques sont élues sur le même modèle en regroupant les entreprises d’un même secteur géographique ou professionnel.
Article 3 : les IRP ont voix délibérative sur toutes les questions touchant à leur collectif de travail.

Ce n’est pas plus simple et moins « obèse » ?

Ensuite on s’attaquera au code de la finance qui fait lui aussi 3000 pages et dont curieusement Dominique Seux, Robert Badinter et consorts ont oublié de parler...

Charles Hoareau, in Rouge midi.

[1] Délégations Uniques du Personnel qui fondent en une seule instance les CE et DP dans les entreprises de moins de 200 salariés réduisant par là même le nombre de délégués et donc leurs moyens d’intervention
»» http://www.rougemidi.org/spip.php++cs_INTERRO++article8939
URL de cet article 28809

mercredi 20 novembre 2013

Pouvoir, Profit, Travail, ou la propriété privée remise en question

Sur les blogs et ailleurs, les plus lucides n'hésitent pas à le dévoiler, l'écrire, le proclamer, le dénoncer : tout s'accélère, les très riches sont de plus en plus riches et de plus en plus vite ; les pauvres sont de plus en plus pauvres de plus en plus vite. Ils sont de plus en plus nombreux, y compris parmi ceux qui "ont la chance" d'avoir un boulot, tant celui-ci est trop souvent partiel, parcellaire, en miettes. Les très riches, grâce à leurs liquidités en augmentation, ont de plus en plus la possibilité de peser sur ceux qui, sur le devant de la scène, sont censés décider. Tous les moyens sont bons. Se déchaînent des campagnes de presse grâce à ces folles maîtresse non rentables (ôôô l'horreur) que sont les journaux "d'opinion", où seule celle du propriétaire a droit de cité. Se présentent des "conseillers" téléguidés, qui diffusent "la bonne parole" à des décideurs plutôt paresseux : comme c'est simple, quand d'autres vous proposent idées, arguments, réparties, "bons mots" pour retourner un auditoire... Des officines créées spécialement ne sont là que pour affûter tout l'arsenal de charme et de pressions amicales, puis plus pressantes, voire menaçantes si nécessaire. Rares sont les routiers de la politique irréprochables, donc les pressions font mouche presque toujours.

Le capital joue donc là-dessus pour placer ses gens comme il faut, là où il faut, quitte à employer la violence si la persuasion s'est montrée inefficace. Le capital est à la fois un "bel" outil, une addiction terrible liée au Pouvoir qu'il procure et aux plaisirs qu'il permet de se prendre sans sourciller sur le coût. Ne seront-ce pas d'autres qui, en fin de compte, paieront ? Les lois fiscales, électorales, sur l'encadrement du travail, de la santé, sur les moyens de sûreté ne sont-elles pas écrites par les valets du Capital, votées par ses obligés et promulguées par des fantoches "fabriqués" dans l'opinion ?

Patrice Lumumba
Des solutions existeraient bien sûr, des solutions massivement alternatives prenant le contrepied de ce qui se fait aujourd'hui en toute impunité. Certains s'y sont même essayés, avec jusqu'à présent peu de résultats, quand ils n'avaient pas "un accident". Repensons à Sankara, Lumumba, Mossadegh, Allende, Kadhafi, aux doutes concernant Colucci ou Chavéz, etc... L'Establishment (mot anglais naturellement, vu le culte du Capital dans les pays anglo-saxons en particulier) est vraiment très fort, et bien entendu international.
Dans notre pays, de ce fait, à part de belles phrases et des oppositions tonitruantes, la volonté de lancer "autre chose" n'avance guère. Les programmes sont pusillanimes, insuffisants, mièvres, sans grande portée : encore s'agit-il de programmes que les genzenplace qualifient de "gauche de la gauche", de révolutionnaires, afin d'effrayer qui aurait l'idée de s'y joindre. Seuls des philosophes vont avancer des solutions plus radicales, rejoints un peu plus récemment par des économistes ou des sociologues, voire sans doute des géographes reprenant la grande tradition d'Élisée Reclus. Cela reste bien académique, et qui va les lire à part des personnes déjà plus ouvertes et à moitié acquises ?


Mais pourquoi, alors, ces philosophes ne cherchent-t-il pas simplement à anéantir le capitalisme, en proposant d'abolir ses deux fondements qui sont le profit et le pouvoir ? Et pour que ces deux chancres disparaissent à la fois, n’est-il pas souhaitable de mettre fin à la propriété privée ? Car le Pouvoir, c’est le Pouvoir sur quelqu’un : à partir du moment où la propriété privée est bannie, cela change même les bases de la société au niveau du couple, où souvent, trop souvent surgissent des relations de Pouvoir. Et au niveau du travail, qui est un acte contraint partiellement compensé par une monnaie censée donner les moyens de reconstituer... la force de travail.

Un cercle vicieux en somme, qui se combine avec le cercle de la production qu’il faut écouler à tout prix afin de payer le renouvellement d'une partie (c'est vicieux) de la force de travail. Les deux roues "de l’enfer" diraient sans doute des croyants. Roues qui se combinent avec la roue du Profit, il en faut toujours plus parce que jamais ce n'est assez gratifiant : en effet ce n’est que du vent, même s’il permet d’acheter toujours plus de Pouvoir.

Cette solution radicale, la disparition de la propriété privée, serait-elle trop demander à l’Humanité, même pour en assurer la sauvegarde ? Car le capitalisme est une force de destruction majeure, capable de balayer toute vie sur Terre pour tenter d’assouvir ses soifs inextinguibles de base. Ses grands-prêtres complètement plongés dans l'addiction la plus virulente en sont arrivés à ne même pas réfléchir aux chances de leur propre survie en cas de pollution majeure et irréversible. C'est bien pourquoi mettre en place une nouvelle donne toute différente devient de jour en jour plus important, plus urgent, plus crucial.

Repensons à cette Révolution bourgeoise qui eut lieu en 1789 : si les sans-culottes furent la matière brute qui permit de renverser une certaine hiérarchie, souvent de façon très sanglante, ce sont bien des bourgeois qui se retrouvèrent aux commandes de la rédaction de la première Constitution, épaulés par quelques nobles "libéraux" et des ecclésiastiques modestes (quelques curés) ou opportunistes comme l'inénarrable Talleyrand, le subtil Sieyès, le retors Fouché. Là où les relations étaient basées sur une suzeraineté complexe et souvent verbale, s'instaura alors une méticuleuse mise en forme de la propriété privée. Là où les devoirs étaient réciproques (les seigneurs avaient en principe le devoir de défendre leurs fermiers et la population des terres jouxtant leur château ; le roi devait défendre les seigneurs et la population en général : le tout en contrepartie des impôts et corvées), se substitua la propriété simple analogue à celles qui prévalait dans les villes. La notion de propriété s'en trouva énormément renforcée, comme en témoigna le préambule de la Constitution de 1793, article 2.
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Article premier (le but de la société)

Le but de la société est le bonheur commun. Le gouvernement est institué pour garantir à l’homme la jouissance de ses droits naturels et imprescriptibles.
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Article 2 (énumération des droits)

Ces droits sont l’égalité, la liberté, la sûreté, la propriété.


Sur ces pierres se bâtirent toutes les lois, mises en forme de façon drastique par le Code Napoléon, toujours en vigueur malgré des aménagements. Le problème est bien là, surtout depuis que des accords internationaux refusés par les citoyens, mais appliqués par des représentants félons, ont magnifié la prééminence de l'ogre capitalistique dopé par les idées de la catastrophique École de Chicago.

De cet engrenage mortel, il faut donc à tout prix sortir, casser le cercle vicieux, reprendre la définition même de la propriété. Il ne faut pas hésiter : une personne ne devrait avoir que le droit de jouissance (ce qu'en droit on appelle l'usus ) de bien appartenant en fait à la communauté : celle-ci par l'intermédiaire de tous les citoyens pourrait fabriquer des biens en fonction des besoins, les réparer, mais non s'en séparer (ce qu'on appelle le fructus ) : la dernière pièce de la propriété étant tout simplement exclue ( l'abusus ), soit le droit de se séparer de ces biens en les détruisant ou en les vendant. Le fait de devoir démanteler quelque chose devenue dangereuse impliquerait automatiquement celui de reconstruire quelque chose d'équivalent.

Voilà ce qu'il faudrait mettre en place, ce qui changerait les rapports entre tous les humains, et permettrait d'accéder enfin à un âge d'or bien plus raisonnable que la catastrophe que nous vivons actuellement. La propriété privée disparue, la monnaie n'aurait bien entendu plus de raison d'être puisque tout se ferait sous forme d'échanges de bons procédés entre personnes toutes égales, et toutes différentes en talents (différentes, mais pas plus ou moins utiles).


Il y a du travail ! Même si la notion de travail communément sous-tendue actuellement disparaîtrait dans ce nouveau cas de figure, remplacée par celle de tâches nécessaires et librement consenties sans esprit de lucre ou de domination.

lundi 3 juin 2013

"Touche pas à mon poste", ce qui s'est vraiment passé jeudi dernier

Remettre les choses en place, dénoncer les approximations et les interprétations plus que suspectes des médias, et de ceux qui ont l'honneur d'y causer, voilà une tâche essentielle quand le cinquième pouvoir n'est plus qu'un moyen de plus pour l'oligarchie financière de garder la mainmise sur les opinions des gens.

N'ayant pas la télévision, je n'ai pas eu  l'occasion d'assister à ce cri, et à ce que des personnes trop peu indépendantes ont travesti pour en effacer l'acuité. Mais relayer la bonne information non tronquée est un devoir, oui, un devoir.


Jeudi dernier, Jean-Luc Mélenchon participait à l’émission Touche pas à mon poste sur D8 (je n’analyserai pas ici sa prestation, ceci à déjà été très bien fait). Quelques minutes après son arrivée, une salariée de la chaine est intervenue en direct, afin de dénoncer les baisses de salaire imposées par la direction aux intermittents du spectacle. Le lendemain, Bruno Roger-Petit, chroniqueur sur le Plus du Nouvel Observateur, décidait de consacrer son billet hebdomadaire à cet événement. Cependant, plutôt que de relayer le message de l’intermittente et de dénoncer à son tour les conditions de travail sur la chaine du groupe Canal +, celui-ci a préféré s’attaquer de façon éhontée à Jean-Luc Mélenchon. Probablement dans le but de faire parler de lui, le journaliste a consacré un article entier à accuser le coprésident du Parti de gauche d’être resté silencieux face à la détresse de cette salariée précaire. Pourtant, la réalité fut bien différente…

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« La direction de D8, notre employeur, nous a traité avec beaucoup de mépris »
L’intermittente ayant interrompu l’émission de Cyril Hanouna est Sophie Tissier, une mère célibataire âgée de 34 ans. Depuis plus de deux ans, elle est opératrice prompteur sur D8. Elle travaille pour l’émission Touche pas à mon poste depuis le mois d’octobre. Interrogée par les Inrocks, elle est revenu sur sa prise de parole afin d’expliquer ce qui l’a poussé à intervenir et surtout de dénoncer le sort réservé aux intermittentes sur D8.


Révoltée par cette situation, elle avoue avoir jugée la venue de Jean-Luc Mélenchon sur le plateau de l’émission phare de la chaine comme « le bon moment » pour intervenir. « Touchée » par son discours sur le monde des médias au début de l’émission, elle s’est alors lancée et est intervenue quelques minutes après son arrivée.

Pour le Nouvel Observateur, Jean-Luc Mélenchon est resté muet face à la détresse de l’intermittente

La suite, voilà comment Bruno Roger-Petit et le Plus du Nouvel Obs la présentent le lendemain. Dans son billet, le journaliste reproche à Jean-Luc Mélenchon ne pas être intervenu, de ne pas avoir demandé la parole, d’avoir abandonné la jeune intermittente qui espérait « peut-être, un mot de soutien ».

Le journaliste y voit une « faute politique ». « Mélenchon ne peut rien. Jean-Luc Mélenchon, dénonciateur des travers du système dont il est pour un soir l’acteur objectivement complice ». Le coprésident du Parti de gauche serait donc, non seulement impuissant, mais surtout insensible à la cause des salariés précaires. Pire, il serait le complice d’un système qu’il avait lui-même dénoncée (« le monde des médias est une machine à broyer »), quelques minutes avant l’intervention de la salariée de D8.

Voilà donc comment le Nouvel Observateur fait du journalisme. Il sort deux minutes d’un passage télé qui en fait cinquante ; les analyse avec un objectif précis (ici, s’attaquer à Jean-Luc Mélenchon) ;  ne fait jamais référence à ce qui s’est passé avant, ni à ce qui se passera ensuite ; et surtout, se garde bien de recueillir le témoignage des acteurs de la scène. Voilà ce qu’on appelle le journalisme version Petit journal. Un journalisme mensonger basé sur la manipulation.

Car en réalité, Jean-Luc Mélenchon n’est pas resté insensible à l’intervention de la jeune intermittente. Bien au contraire. Il suffit pour cela de regarder la suite de l’émission, ce que Bruno Roger-Petit n’a visiblement pas fait !

« Une personne payée avec un lance-pierre, n’est pas en état de se rebeller »

 En effet, le co-président du Parti de gauche a passé plusieurs minutes après le départ de la jeune précaire à dénoncer les conditions de travail des intermittents et donc à relayer son message.

 « Le système repose sur une exploitation terrifiante des gens. C’est terrible ce qui est fait aux intermittents du spectacle, cette espèce de vie à crédit, où on vous tient(…), jusqu’à des femmes qui ont du cacher leur maternité parce que sinon elles n’accédaient pas aux droits auxquels elles avaient droit ».

« Dans les rédactions vous avez une proportion considérable d’intermittents du spectacle, de gens qui sont en stage, qui sont payés avec dans lance-pierres. (…) Beaucoup de gens vivent avec des toutes petites payes. (…)  Une personne payée avec un lance-pierre, n’est pas en état de se rebeller. Quand tu as besoin de manger tu te tais, quand ton chef est là tu lui dis oui chef, sinon tu manges pas ».

« La pauvreté, la précarité, l’étranglement des gens, génèrent un produit médiatique globalisé. Voilà comment se fabrique le nivellement vers le bas. (…) Si on paye bien les gens, si on stabilise leur statut social, on peut espérer avoir une information de meilleur qualité, plus respectueuse des gens et des points de vue différents ».

Voilà ce que le Nouvel Obs appelle rester muet ? Voilà ce que Bruno Roger-Petit appelle une « faute politique » ? Ce n’est en tout cas pas l’avis la principale intéressée, la jeune intermittente Sophie Tissier. « Je ne suis pas membre du parti de gauche de monsieur Mélenchon mais j’espérais qu’il soutienne mon propos et la cause des intermittents. Et il l’a fait ! Il a dénoncé avec force notre précarité et nos conditions difficiles de travail ».

Cette affaire, est une nouvelle preuve, s’il en fallait une, du traitement lamentable réservé à Jean-Luc Mélenchon par certains médias. Comme Patrick Cohen et bien d’autres, Bruno Roger-Petit participe à la campagne de diabolisation du co-président du Parti de gauche. Une opération qui se fait en parallèle de la dédiabolisation de Marine Le Pen et de la banalisation de son discours. Tant d’attitudes qui ne font que renforcer la défiance d’une partie des français envers les médias.
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dimanche 19 mai 2013

Réforme du #travail outre-Rhin, vue par #Le_Grand_Soir

Vous avez aimé les dernières réformes françaises concernants l'assassinat du Code du travail : vous allez adorer ce qui risque fort d'être la phase finale, déjà en cours en Allemagne.

Naturellement, selon ceux qui sont censés veiller sur le bonheur de leurs électeurs, tout va bien sauf quelques ajustement en voie de réglement. C'est sans compter sur quelques Allemands très courageux, dont Inge Hannemann. Le Grand Soir nous permet de le découvrir.



Réforme du travail outre-Rhin : Elle met en garde la France !

Elle s’appelle Inge Hannemann. Depuis deux semaines, elle fait les titres des journaux de l’autre côté du Rhin. Elle a travaillé comme conseillère au Pôle emploi allemand de Hambourg de 2005 à début 2013. Elle a été suspendue pour activité politique. En 2006, en constatant les méthodes carrément violentes instiguées en interne, qui constituent de facto des violations des droits fondamentaux à l’égard de ses compatriotes au chômage, elle va, au péril de sa vie, se révolter et refuser de sanctionner des hommes et des femmes, jeunes ou plus âgés.

C’est la nouvelle mère courage qui, parlant le français et passionnée par le pays des droits de l’Homme, veut venir en France rencontrer le syndicat du Pôle emploi, SNU-FSU,pour mettre en garde contre les nouveaux plans sur le chômage en France directement importés du modèle Hartz IV. Depuis 2013, Inge Hannemann, licenciée pour activité politique, est menacée d’être internée en psychiatrie. Angela Merkel et son second couteau, Ursula von der Leyen, de la CDU, qui a été une ministre de la famille au bilan médiocre et qui dirige le ministère du travail aujourd’hui, aurait calé Inge Hannemann dans la lunette de son fusil. Devenant une affaire d’État, le blog d’Inge Hannemann, altonabloggt, et ses divers entretiens dans la presse commence à échauder Berlin. Huit millions de chômeurs en colère, qui pourraient se réveiller et prendre conscience de l’infamie dans laquelle ils sont jetés, inquiètent le pouvoir. De nombreux citoyens allemands enfoncent la tête dans les épaules tant la pression devient trop grande. Mais ils sont de plus en plus nombreux à montrer grâce aux réseaux sociaux leur volonté de révolte. La politique de communication du gouvernement rappelle les heures noires de la fin du Reich ou de la phase de la RDA où il fallait faire croire au succès final.

Pays sous propagande.

Le rapport sur la pauvreté, publié en mars 2013 par Ursula von der Leyen, a été falsifié par le gouvernement. Chaque jour, 100 enfants sont retirés de leur famille par le Jugendamt pour pauvreté ou « difficultés » des parents. Les citoyens et de nombreux retraités sont recyclés dans une fabrique à la frontière polonaise et le gouvernement continue de dire que finalement, tout va bien en Allemagne. Vendredi 3 mai, la CDU a publié un tract sur sa page facebook et affirme que le chômage est en-dessous des 3 millions de demandeurs d’emploi. C’était sans compter avec la liberté du Net, où les internautes sont venus publier leur dégoût et insultes sous la publication. On pouvait notamment y lire : « A nouveau la si chère propagande d’État ! Voulez-vous continuer ainsi jusqu’à la victoire finale de cet État central européen ? ; Cher CDU, êtes-vous tous aveugles dans votre parti ou prenez-vous des drogues ? ; Les fonctionnaires ont réussi à retirer les chômeurs des statistiques ; Celui qui y croit est lui-même responsable. C’est pas possible, si ça continue je vais dans la rue ! ; Qu’est-ce qui se passe donc dans le pays ? Pas un responsable politique pour dire quelque chose ? ; La manière dont le peuple souffre, personne ne veut le voir ! »

Mère courage.

L’action politique de Inge Hannemann est devenue une affaire d’État. Trois avocats et des communicants se chargent de la conseiller. Son objectif est la fin de Hartz IV, un programme mis en place par les socialistes allemands qui appauvrit le pays, disloque les familles et fait régner la peur dans la société. « La Arbeitsagentur produit de la pauvreté et viole les droits fondamentaux. Plusieurs paragraphes de la loi fondamentale sont violés. Je vois la misère, les actes de répression et une grande division de la société se produire ». Par amour pour son peuple, Inge Hannemann ne peut pas accepter de voir plusieurs millions d’Allemands vivre ainsi. Elle sait la nécessité pour son pays d’avoir des enfants. Avec cette politique menée par Berlin, l’avenir du pays est menacé. Trop de parents avec leurs enfants sont déjà menacés de glisser dans la case « esclave ». Inge Hannemann dénonce le travail par intérim car il est financé par le gouvernement. « Les sociétés d’intérim reçoivent durant trois mois de l’argent de la Arbeitsagentur. Le salarié, lui, ne touche pas cet argent. Les gens sont donc embauchés pour trois mois et sont ensuite virés car la boîte d’intérim embauche des nouveaux chômeurs pour toucher les primes. La ministre du travail, Ursula von der Leyen, est assez incompétente. Je dénonce les chiffres sur le chômage annoncés par le gouvernement. Nos médias parlent de trois millions alors que nous avons huit millions de chômeurs en Allemagne ! ».

Et de mentionner l’exemple suivant : « Un jour j’ai eu dans mon bureau un chômeur très malade. Il ne pouvait pas bien entendre et marcher. Il respirait à l’aide d’une machine. Les médecins du Pôle emploi ont déclaré qu’il pouvait travailler tout en restant sur un lit ! ».

Volonté de la faire taire.

Son employeur a tenté à plusieurs reprises de l’envoyer passer une expertise psychologique puis psychiatrique à l’occasion d’un burn-out. Inge Hanneman a refusé de se soumettre car « je sens qu’avec leurs expertises, ils pourraient me déclarer malade mentalement ». Depuis 4 semaines, son ordinateur et son téléphone ne marchent plus correctement. « Mes communications téléphoniques sont subitement interrompues quand je parle aux journalistes. Pendant des heures, je ne peux plus téléphoner. Les mails n’arrivent plus correctement. Ceux qui veulent me contacter reçoivent un message comme quoi mon compte mail est fermé ».

Avertir la France.

Inge Hannemann veut venir en France pour rencontrer ses collègues du Pôle emploi et le syndicat SNU-FSU.« En France, ils ont déjà instauré le système du Hartz IV. Depuis 2005, le Pôle emploi peut sanctionner les chômeurs qui refusent de prendre un emploi proposé par le Pôle emploi ».Le Hartz IV a été instauré par Schröder, du SPD. Il ressemble au système du RSA mais en plus strict, pénalise les chômeurs et permet aux agents du Pôle emploi de décider de la vie des personnes à la recherche d’un emploi. En plus de donner un travail obligatoire aux demandeurs d’emploi, les services du Pôle emploi ont une fonction de police et effectuent des contrôles dans les appartements des chômeurs et en particulier ceux de la catégorie Hartz IV. En outre, ils dénoncent les familles au Jugendamt. « Ils vont sonner chez les gens sans prévenir. Ils mettent un pied à travers la porte et rentrent. Puis ils regardent partout, dans les tiroirs et même dans le linge et dans les sous-vêtements. Tout est passé au crible. Il faut avertir les Français ! ». Elle veut aussi aller aux Pays-Bas pour avertir et dénoncer un système de camp de travail où les droits fondamentaux n’existent plus.

Olivier Renault - La Voix de la Russie

Source : http://french.ruvr.ru/2013_05_13/Reforme-du-travail-outre-Rhin-Elle-met-en-garde-la-France/
* http://french.ruvr.ru/2013_05_13/Reforme-du-travail-outre-Rhin-Elle-me...
 
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mercredi 15 mai 2013

Bonnet blanc, blanc bonnet ? Triste période #anniversaire d' #élections par des dupes

Non, Nicolas Sarkozy et sa majorité n'avaient pas osé imposer à tous les travailleurs et chômeurs ce qui vient d'être accompli. Les partisans de la majorité actuelle continuent à assurer que la nouvelle équipe présidentielle n'a pas eu le temps de mettre en place de bonnes réformes. Pourquoi, alors, a-t-elle eu le temps de faire voter le pire ? Il y a là une incohérence grave.

La nouvelle réforme des retraites s'achemine vers des reculs sur tous les plans des prestations (désindexation, allongement du nombre d'années de cotisation requis, augmentation de la CSG) qui ne résoudront rien. S'il faut attendre l'âge de 70 ans pour bénéficier enfin du salaire différé tronqué par les taxes, combien mourront à la tâche ! Alors que la défense des travailleurs en lutte pour leur emploi partout est fustigée par le refus de gracier des syndicalistes ayant seulement fait ce que leurs camarades attendaient d'eux, des humains exemplaires ainsi condamnés. Alors que, pour ne prendre qu'un exemple, passant pardessus son ministre le premier d'entre eux a laissé la bride sur le cou de Lakshmi Mittal à propos de Florange.

Car la défense des retraites passe par la défense des emplois, puisque c'est en cotisant que les travailleurs constituent le "trésor de guerre" des retraites par répartition. Nicolas Sarkozy avait dans ses projets de tuer celles-ci, au bénéfice des retraites par  capitalisation, ce danger mortel basé sur la spéculation. Apparemment cette filière est toujours sur les rails. Venant de "socialistes", l'option ferait rire si ce n'était si catastrophique pour l'avenir des plus jeunes.

Le bilan est déjà lourd. Mais ce n'est rien. L'Accord National Interprofessionnel, conclu d'abord en janvier entre l'État et certains syndicats, se retrouve devant le parlement chargé d'entériner cette aberration. Désormais, selon le texte déjà voté au sénat par le groupe PS avec l'aide du vote blanc complice de l'UMP, les droits des salariés vont subir un énorme recul alors que ceux des employeurs ET des créanciers seront renforcés. En fait, ce qui est sécurisé, ce sont paradoxalement les licenciements. Beau travail. Même Sarkozy ne l'avait pas osé, une fois de plus.

Tous les secteurs sont touchés. Ainsi, à l'université, malmenée dans ses financements comme on en aurait presque l'habitude, une ministre soutient l'arrivée d'une langue bien particulière, l'anglais "international", dans la dispensation de certains cours. C'est contraire aux principes de base de l'Université, et de la Constitution, mais cela ne la gêne aucunement. Une civilisation se base en grande partie sur sa langue. C'est bien plus insidieux et pervers que cela n'en a l'air. Là encore le précédent président n'avait pas osé toucher à quelque chose d'aussi fondamental, même si sur des points mineurs il avait tenté des avancées dans ce sens.

Au bout d'un an, un président que bien des gens de gauche ont favorisé en refusant de voter pour "l'autre", va se retrouver à Bruxelles devant les membres de la Commission au complet, ce qui est assez rare. Il va avoir un bilan "magnifique" à leur étaler devant les yeux : la mise à pied d'un pays entier. Loin d'être ce personnage falot, consensuel, et dangereux par ce fait, il s'est en un an révélé encore plus dangereux en tournant le dos à ses électeurs de gauche, et en fonçant dans le néolibéralisme le plus échevelé. Les maîtres banquiers de Londres et New York doivent être contents de lui.

La gauche a "osé" parler de coup de balai. Ce coup de balai est devenu urgent, avant que les choses ne se gâtent encore. Il reste encore quatre ans de reculades, de démantèlements, de larmes et sans doute de suicides, avant le retour par "une bonne alternance" de l'autre équipe, plus incisive en apparence, mais peut-être moins hardie. A moins que...

A moins que, enfin, les éléments du peuple ne s'emparent de l'article 35 de la déclaration de Droits de l'Homme de 1793

"Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs"

mercredi 27 février 2013

LE DÉCLIN DE L’IMPÉRIALISME CONTEMPORAIN (2e partie) par Robert Bibeau

On se souvient de la première partie de la conséquente étude, par Robert Bibeau, sur le déclin de l'impérialisme contemporain. Joie, la suite arrive, tout aussi ardente.



ROBERT BIBEAU

Le stade ultime – impérialiste – du système d’économie politique capitaliste se particularise par le mélange de huit (8) caractéristiques dont nous avons présenté les six premières la semaine dernière

Voici les deux derniers traits spécifiques de l’impérialisme contemporain :

7)      Avant-dernière trait prégnant de l’impérialisme contemporain à l’agonie ; on observe partout une concentration de la richesse sociale collective entre les mains d’une ploutocratie de plus en plus restreinte en nombre de familles et en nombre d’individus et de plus en plus puissante par cette richesse détenue en propriété privée. Dans certains pays comme la France, 200 familles environ détiennent le quart de toutes les richesses de la nation. Même constat en Italie, au Chili et dans de nombreux autres pays impérialistes dépendants comme Israël. En Chine puissance impérialiste majeure – bientôt première puissance économique mondiale – le nombre de milliardaires s’accroit de façon rapide et inexorable, particulièrement parmi les hauts dirigeants du Parti «Communiste». Aux États-Unis une petite fraction de un pourcent de la population détient le tiers des  richesses nationales (9).

Un réseau sélect et compact de grands oligarques, souvent cooptés à la direction et aux conseils d’administrations des grandes corporations, tient entre ses mains le capital financier, et tout le pouvoir économique, politique et militaire afférant. Cette concentration du capital et du pouvoir se produit au détriment de toutes les autres classes et sections de classe de la nation, y compris aux dépens des fractions non monopolistes de la bourgeoisie qui se rebiffent et tentent, impuissantes, d’entraver ce processus monopoliste inévitable (10). 

Ces fractions de classes bourgeoises dans leur résistance à la monopolisation se constituent en partis politiques sociaux-démocrates et même Communiste-révisionnistes.
La démocratie électorale bourgeoise n’est qu’une mascarade visant à confier à la population la sélection de la représentation à l’administration politique de l’appareil d’État. Ainsi, aux élections américaines de 2012, la population votante des États-Unis avait le choix entre la faction Républicaine des « fiscalistes » et la faction Démocrate des « monétaristes » ; une faction souhaitait transférer le fardeau de la crise sur le dos du peuple en haussant les taxes de la classe dite moyenne – ne touchant surtout pas à leurs frères de classe milliardaires – et en réduisant les services étatiques ; l’autre faction, d’accord avec cette orientation, souhaitait néanmoins y adjoindre quelques mesures vigoureusement inflationnistes d’émission de monnaie (dollars de pacotille) de façon à réduire le coût de la force de travail (la fraction du travail nécessaire) des ouvriers américains.

L’impérialisme c’est la guerre
8)      La militarisation de l’économie nationale et internationale est le huitième trait  caractéristique de l’économie politique impérialiste. Les pays impérialistes développent ou collaborent au développement de l’industrie militaire (Israël et le Canada sont parmi les plus importants sous-traitants de l’industrie de guerre américaine) ; ou encore, les universités et les laboratoires des pays impérialistes participent à la recherche-développement d’armes sophistiquées, armes de destruction massive, armes pour terroriser les populations civiles locales et celles des pays néo-colonisés (au Liban, en Palestine, au Congo, au Mali, etc.). Ces pays que la « communauté internationale » des pays impérialistes dominants accusent via leur paravent – le Conseil «d’insécurité» de l’ONU – de terrorisme, d’intégrisme, d’islamisme, de nationalisme excentrique (l’Iran refusant de laisser ses richesses en hydrocarbure être pillées par les majors américaines et britanniques du pétrole ou encore la Syrie coupable d’être alignée sur Moscou plutôt que sur Washington) et aussi – anciennement – ces communautés coupables du crime de communisme (ça c’était pendant l’ère du Maccarthysme et de la guerre froide).

Nombre des pays impérialistes moins puissants consacrent une portion importante de leur budget gouvernemental aux dépenses militaires et à l’armement.  Les pays impérialistes, même ceux qui ne sont pas très puissants, sont impliqués dans le commerce licite ou illicite d’armes de toute nature (les monopoles de la Suisse-pacifiste sont de grands fabriquant d’armement (!) Le Canada fabrique des mines anti personnelles, etc.). Les pays impérialistes maintiennent sur pied de guerre des corps expéditionnaires tout équipés d’armes sophistiquées de destruction massive, ce qui pèse lourdement sur les finances publiques et enrichit l’industrie de guerre nationale (parfois sous-traitante) et internationale dans laquelle les milliardaires locaux (grecs par exemple) font d’important investissements très payant, exempts d’impôts, alors que les ouvriers grecs sont harcelés par la « Gestapo fiscale » pour crime de « travail au noir » contre une poignée d’euros; de même en République tchèque, en Italie et en Belgique.

Les pays dépendants, dominés par une alliance impérialiste ou par une autre sont contraint de consacrer une portion importante de leur budget d’État, parfois famélique, à l’achat d’armes dispendieuses et au maintien d’une force de sécurité chargée de réprimer toute velléité de souveraineté véritable de la part d’une portion ou d’une autre de la bourgeoisie nationale aliénée. Évidemment, ces armées d’opérettes coûteuses, réactionnaires et parfois mafieuses – s’adonnant au trafic d’armes, de drogues et au pillage des ethnies minoritaires – ont aussi pour mission d’écraser dans le sang tout soulèvement ouvrier ou populaire qui viserait à renverser la chape de plomb dominatrice qui écrase les peuples opprimées. 


Le triomphe de l’impérialisme moderne a eu pour conséquence directe l’éclatement constant de conflits larvés. Les États-Unis notamment ont mené plus de cent invasions militaires depuis 1890. Les grandes puissances impérialistes ont mené ces guerres d’agression soit à l’échelle locale (Nicaragua, Haïti, Colombie, Côte d’Ivoire, Soudan, Libye, Syrie, Mali, etc.). soit à l’échelle régionale (Guerre de Corée, Guerre du Vietnam et invasion de l’Indochine, Cachemire-Pakistan-Inde, Afghanistan-Pakistan, Irak-Koweït-Iran, Israël-Palestine-Liban-Égypte, ex-Yougoslavie, etc.) ; et, par deux fois dans l’histoire contemporaine, des guerres mondiales ont saccagé la planète pour une nouvelle répartition des marchés, le contrôle des gisements de matières premières et des puits d’énergie, et pour le repartage des sources de surtravail, de plus-value et de profits entre les puissances impérialistes en conflit (11).

La Grande Guerre (1914-1918) a entraîné l’élimination d’une immense force productive  (20 millions de morts et autant de blessés), une baisse de plus du tiers des capacités de production des puissances européennes et un repartage des zones coloniales d’exploitation dont l’Allemagne a été exclue. L’Allemagne Nazi tentera vingt ans plus tard de se tailler un nouvel empire colonial en Europe de l’Est et en Union Soviétique socialiste – avec le succès que l’on sait –. Un jour à Stalingrad les peuples soviétiques ont brisé pour toujours la machine de guerre impérialiste NAZI  des Krupp, Messerschmitt et de l’IG Farben.
Le krach boursier de 1929 et la Grande Dépression qui suivit entraîna une chute de production encore plus sévère, soit 40 % des forces productives dilapidées aux États-Unis seulement. La Seconde Guerre mondiale avec 50 millions de morts, des dizaines de millions d’estropiés et d’énormes destructions civiles et militaires provoqua l’élimination d’immenses forces productives, une chute drastique de la production de marchandises et le repartage des zones d’influences à travers le monde (12).

Le mouvement de libération nationale et de décolonisation qui suivit la Seconde Guerre mondiale (1949, libération de la Chine ; 1959, libération de Cuba ; 1962, libération de l’Algérie ; 1975, victoire du peuple Vietnamien ; 1979, Révolution iranienne ; 1989, effondrement du social-impérialisme soviétique, marquant le deuil définitif de l’utopique coexistence pacifique (entre deux systèmes sociaux antagonistes, doctrine que l’Union Soviétique avait proclamé vers 1956), modifia l’équilibre des forces géostratégiques  mondiales et entraîna la redistribution des sphères de contrôle, d’exploitation et de militarisation. Les agressions impérialistes visant la néo-colonisation de ces pays provoquèrent un brassage des alliances et des zones de contrôle des ressources naturelles et énergétiques, des marchés, des secteurs d’exportation de capitaux et de surexploitation du travail salarié, de la plus-value et de confiscation des profits – toujours se rappeler – s’il n’y a pas exploitation du travail salarié – il n’y a pas de plus-value et par conséquent il n’y a pas de profits.

La source de toute la richesse sous l’impérialisme contemporain
 Sous le système d’économie politique impérialiste le produit du travail salarié se divise en deux parts inégales et pas davantage :
A)  le « travail nécessaire » – la valeur de la partie de la journée de travail de l’ouvrier qui assure la reproduction étendue de la force de travail social. Le salaire de l’ouvrier doit donc couvrir à la fois le coût de sa propre reproduction et le coût de son renouvellement en tant que classe sociale (coûts associés à l’entretien de sa famille ainsi que les coûts associés à la survie de l’armée de réserve des travailleurs). La valeur du « travail nécessaire » se divise donc en deux parts inégales : i) le salaire net encaissé par le travailleur pour sa survie immédiate et celle de sa famille, et ii) les taxes et retenues, assurances, cotisations, fonds de pension et impôts en tout genre dont une partie servira à défrayer le coût des immobilisations et des services publics (soins de santé, écoles, universités, garderies, transport, culture, loisirs, etc.).

B) L’autre portion de la valeur produite par le travail salarié est le « surtravail » – c’est la portion non payée de la journée de travail de l’ouvrier que l’on appelle « plus-value » (ce que le travail vivant de l’ouvrier ajoute en valeur à la marchandise-matière première morte) avec laquelle le capitaliste paiera lui-même ses impôts et charges sociales et qui comprend finalement toutes les formes de profits capitalistes (redevances, rente foncière, bénéfices sur actions, profit commercial, etc.).

L’impérialisme c’est la crise économique systémique
Avec la résurgence de la crise économique lors du krach boursier de 2008 on constate une surcapacité de production des biens et des services ; d’où l’inévitable destruction des forces productives (fermetures complètes ou partielles d’usines, délocalisation d’entreprises industrielles et de services, chômage catastrophique, emploi à temps partiel et travail précaire ou au noir, destruction ou dilapidation en pays développé d’une portion des aliments pendant que les populations des pays sous-développés sont affamées, etc.). On observe également une baisse drastique des taux d’intérêts payés sur les placements ce qui entraîne souvent des rendements peu intéressants sur les investissements et les placements boursiers – pendant que certains monopoles s’en tire bien on observe une baisse générale des taux de profits moyens et un grand nombre d’entreprises capitalistes déposent leur bilan ou se font absorber par leurs concurrents.

Comment les pontes impérialistes ont-ils tenté de faire face à ces défis économiques récurrents ? Selon les pays, ils ont implanté l’une ou l’autre ou les quatre  mesures suivantes :

I) Afin d’enrayer la baisse moyenne de profitabilité et pour redresser leur barque économique en train de sombrer, le premier axe des efforts des oligarchies financières internationales – à travers les politiques économiques et sociales des gouvernements à leur solde – a été de rejeter sur le dos des travailleurs le coût total des services publics qui pourvoient à la reproduction de la force de travail social (travailleurs et aussi armée de réserve des chômeurs). Il a suffi pour les gouvernements de réduire la part du « travail nécessaire » – c’est-à-dire, en définitive, de réduire la valeur relative des salaires des ouvriers en   laissant monter les prix inflationnistes ;   en    haussant les soi-disant « tickets modérateurs » et les coûts des services publics assumés par les consommateurs et en augmentant les charges fiscales et les retenues à la source grevant les salaires des travailleurs et de tous les employés.

Contre les projets pharaoniques, opposition citoyenne (NDDL)
II) Le deuxième axe des attaques menées par les gouvernements au service des riches  en vue de réduire la part du « travail nécessaire » par rapport au « surtravail » – générateur de plus-value – consiste à réduire drastiquement les services en saquant du personnel public et parapublic, en éliminant parfois complètement certains services collectifs nécessaires à la reproduction étendue de la force de travail.
La privatisation des services publics (traitement de l’eau potable, des déchets et des eaux usées) et l’adjudication exclusive aux entreprises privées des projets pharaoniques de construction d’infrastructures publiques sous mode de PPP (partenariat-public-privé) sont également des mesures de cette nature – c’est-à-dire des mesures de transfert des fonds publics au travail salarié privé. Toutes ces mesures ont pour effet de diminuer globalement la portion du « travail nécessaire » et d’augmenter d’autant la portion du «surtravail» et donc la portion de la plus-value (et des profits) produite par l’ouvrier pendant sa journée de besogne, sans pour autant augmenter ni la durée de la journée de travail, ni la quantité de marchandises produites, ce qui serait nuisible, puisque de toute façon les marchés sont encombrés de marchandises invendues…inutiles d’en rajouter.

III) Le troisième axe des efforts menés par les nababs financiers malins pour se sortir du pétrin et mettre fin à la baisse tendancielle des taux moyens de profits – s’extirper de la difficulté d’accumuler le capital nécessaire à la reproduction élargie de leur système déconfit  – consiste à prêter des montants astronomiques aux États créanciers de manière à plomber le service de la dette servant à rembourser le capital et les intérêts aux banquiers-créanciers. Environ 75 % des revenus des États impérialistes occidentaux proviennent des salariés alors que les charges fiscales des entreprises comptent généralement pour moins de 15 pour cent et vont en diminuant. Ce stratagème a été rendu possible, sinon grandement facilité, par l’abrogation en 1971 des Accords de Bretton Woods (signés en 1944 par 44 nations alliées – excluant l’URSS) qui structuraient le système monétaire impérialiste mondiale autour du dollar américain assujetti à la convertibilité du dollar US en valeur-refuge-or.

En abrogeant cette contrainte de convertibilité-or, il devenait loisible aux États-Unis d’émettre autant de dollars qu’ils le souhaitaient sans avoir à en garantir la conversion en valeur-or, ce qui leur était devenu impossible. Les réserves or des américains étaient largement insuffisantes. Les oligarques financiers se préparaient ainsi à hypothéquer l’économie du monde « libre » (sic) en repoussant plus avant le jour de l’effondrement. Depuis quelques années l’euro s’est engagé sur le même sentier dévoyé pour obtenir les mêmes résultats délurés (13). Vous ne devez pas vous étonnez si aujourd’hui la France, l’Allemagne l’Équateur, le Venezuela, la Roumanie, l’Iran et la Libye tentent tous de récupérer leur or .

IV) Le quatrième axe des efforts menés par les riches pour se sortir de la dépression économique et pour contrer la diminution de la plus-value extraite du travail salarié dans les centres impérialistes plus anciens (par rapport aux pays impérialistes dits « émergents ou ascendants » où les salaires sont pour le moment inférieurs à leurs concurrents) consiste à pousser au maximum la recherche-développement, la mécanisation, l’informatisation et la robotisation de la production

 Observant ce phénomène, qui n’est pourtant pas récent, les intellectuels bourgeois ont inventé les frauduleux concepts d’« économie du savoir et des connaissances » et d’« économie des nouvelles technologies », deux fumisteries. L’économie politique, l’infrastructure de production et la superstructure idéologique, politique et militaire ainsi que les classes sociales spécifiques à « l’économie politique du savoir et des technologies » n’existent tout simplement pas. La connaissance – la science et la technologie – ont toujours été partie de l’infrastructure du système de production et de circulation capitaliste, particulièrement en phase impérialiste.

L’innovation n’est pas une nouveauté et a toujours accompagné le développement impérialiste. Le soi-disant miracle industriel allemand dans les années trente s’est  construit sur cette capacité d’innover. Le soi-disant miracle japonais et le miracle étatsunien dans les années soixante et pendant les Trente Glorieuses ont été basés sur cette capacité d’innover et de surproduire (accaparant la plus-value extra) en augmentant la part de capital constant (mécanisation-robotisation-informatisation) dans la composition organique du capital, ce qui occasionne justement la baisse tendancielle des taux moyens de profits.

Par l’innovation scientifique et technologique les capitalistes monopolistes tentent de repousser les limites physiques de l’exploitation du temps de travail et de l’effort salarié en faisant produire davantage de « valeur marchande » en moins de temps, ce qui réduit d’autant la portion de « travail nécessaire » par rapport à la portion de « surtravail » au cours d’une journée de travail normale, accroissant ainsi la part de plus-value relative et extra qui s’ajoute à la plus-value absolue et augmente de ce fait la portion des profits pour une accumulation supplémentaire de capital préalable à sa reproduction étendue… espèrent-ils…Nous verrons qu’il en va autrement dans le monde réel.

SEMAINE PROCHAINE:PRODUCTIVITÉ - COMPÉTITIVITÉ DU TRAVAIL SALARIÉ

jeudi 8 novembre 2012

Croassance or not croissance ?

Aujourd'hui notre ami Des Pas Perdus nous relatait le contenu de l'ouvrage "Le choc de la décroissance", écrit par Vincent Cheynet. Cela m'a inspiré quelques lignes.


Actuellement la "croissance" n'est qu'une compensation, comme on dit en psychologie, d'une immense frustration : dominés par le Travail avec un grand T, trop de gens en oublient de vivre, tout simplement. Ils s'isolent, et la seule façon pour eux d'avoir l'impression de continuer une vie sociale, est de la vivre "par procuration", via les téléphones mobiles, la télévision, les transports auxquels ils sont accros en raison des distances à parcourir pour rejoindre le Travail... Se côtoyant sans fin, ils s'ignorent, et dès qu'ils ont un peu de temps ils vont s'isoler plus encore en allant "en vacances" quelque part tout en continuant à ignorer leurs voisins.

La découverte, ce n'est pas à des milliers de kilomètres qu'elle peut s'opérer : parfois il suffit de quelques mètres.

La déclaration des droits de l'homme et du citoyen a fait une grosse faute en plaçant parmi ses principes de base la propriété. C'est la même terre pour tous. C'est au point que ce principe est devenu sous-jacent, implicite : il ne l'est pas. Par nécessité vitale, nous avons tous un droit d'usage sur les richesses de la planète, mais selon le principe, transcendant, d'égalité, nul ne peut solliciter exagérément ces richesses au détriment de tous les autres, au présent et ceux qui en auront besoin dans le futur.

La décroissance, c'est retrouver une vie en commun avec toute la planète et ses habitants. C'est prendre non son dû, mais ce dont on a vraiment besoin : la différence est immense.

mardi 6 novembre 2012

Gallois - le travail est capital

Une intervention intéressante de l'ami Luigi, sur le blog du Yeti, que je reproduis avec plaisir, et avec son autorisation.



Un Gallois de mes amis m’a dit récemment que le travail était capital.

 J’ai répondu certes… mais à peine allais-je développer qu’il a ajouté “oui mais il a un coût”.

Ah ! Bien sûr le coût c’est essentiel, voire même capital ai-je souligné, mais aussi devrions-nous….

Et de m’interrompre à nouveau “et ce coût assurément demande un effort au travail, j’en conviens foi de Galois, mais il vaut le coup, crois-moi”.

Pourquoi d’un coup, sur le coût du travail, l’ami Gallois s’était-il empressé de me rassurer qu’il n’y en aurait pas d’autres.. coup de ce genre ? Étrange me suis-je dit, c’est peut-être une ruse de sa part pour masquer une autre intention, plus favorable au travail, donc aux salaires ?

Naïf que je suis, ce Gallois-là, que je sais ancien patron de gauche d’une grande industrie française ne pensait pas aux salaires mais au coût du travail, celui qui pèse par trop sur les entreprises. Lesquelles c’est bien connu, et notamment celles du CAC 40 souffrent le martyre de devoir par trop payer un coût du travail exorbitant. Et ce même ami Gallois de m’inviter à penser fortement, un peu à la manière de la méthode Coué, au choc de confiance ?

Le choc de confiance, c’est quoi ? lui ai-je demandé. Ben c’est le choc de compétitivité avec la méthode Coué, divisé par le nombre des actionnaires puis multiplié par la racine Carré d’une troïka bienveillante et….

Là je l’ai coupé, je n’en pouvais peu, et de lui avouer “c’est l’austérité, non ?”.

Que nenni cher ami, encore une fois, foi de Gallois, en deux ou trois ans, quelques sacrifices, 20 milliards de charges sociales en moins pour les entreprises, 10 milliards pour les salariés (auxquels il faut tout de suite enlever l’augmentation de la CSG + un ou deux point de TVA, le gel des salaires, la fin de la protection sociale, du code du travail…. là c’est ma pensée qui travaillait en même temps qu’il parlait), l’exploitation du gaz de schiste et le tour est joué, j’aurai mon nom dans le dictionnaire et j’entrerai au Panthéon des grands hommes.

 J’étais ébloui par la démonstration, presque convaincu par les arguments quant apparut alors sur l’écran TV de Bonheur Capital, Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif. Oua, l’avait de l’allure le ministre du redressement productif et l’air content, ma foi de Gallois. D’ailleurs il s’empressa de nous recommander la lecture du rapport de mon ami Gallois remis en main propre au joyeux premier ministre de notre gouvernement ce jour même. Il fallait, dit-il, que tous les français en prennent connaissance ! Mazette, je me suis dit que mon ami Gallois avait du écrire quelque chose de très élevé, à la fois spirituel, culturel, poétique, philosophique pour que le ministre du redressement lui-même nous empresse d’en prendre connaissance afin de … redresser le pays.

  Je me suis alors tourné vers mon ami Gallois et je lui ai demandé : et ton rapport combien il coûte ? Là je dois dire en toute honnêteté et en toute amitié que mon ami Gallois n’a pas voulu me répondre. Il m’a seulement confié qu’il fallait attendre la décision du gouvernement et du président aussi, que là malgré notre relation ancienne il était tenu au devoir de réserve. J’ai bien compris, et je n’ai pas insisté. On a fini notre bière (un peu chère d’ailleurs) et nous allions nous quitter encore bons amis quant, au moment où il s’apprêtait à sortir du café je ne pus m’empêcher presque inconsciemment de lui poser une dernière question : dis-moi ami Gallois, dans ton rapport “choc de confiance”, as-tu calculé aussi le coût du capital ? Parce qu’à tout faire, autant analyser tous les coûts non ?

Vous aurez deviné qu’à ce jour, mon ancien ami Gallois, n’eut pour seule réponse que “sachez monsieur que dans notre pays, tous les coups ne sont pas permis. Vous osez insinuer que j’aurais oublié, dans la mission que m’a confiée le président et le gouvernement, d’évaluer, de peser tous les coûts. Je ne suis pas n’importe qui monsieur, je suis Gallois, le rapporteur d’un rapport du choc de la confiance, autrement appelé il y a à peine une heure choc de compétitivité. Alors vos insinuations ne m’atteignent pas. J’ai la confiance du gouvernement, du président, de la finance, de la commission européenne, de l’UMP, du FMI, de la BCE, de la Banque Mondiale, de l’OMC…… Etc et etc..

Je n’en demandais pas tant. Demain matin c’est certain, dans la presse, notre déconvenue amicale fera sûrement les choux gras des éditorialistes malins : le Gallois assène un coup définitif au Front de Gauche et qualifie le néolibéralisme en finale du super beau coup sur le dos du travail.

Bien à vous tutti
Bruno

PS : toute ressemblance avec des événements existants ou ayant existés seraient fortuits et indépendant de ma volonté.