Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est euro. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est euro. Afficher tous les articles

mercredi 5 août 2015

Sortir de l'euro, est-ce LA priorité ?



Au cours de son Université d'automne 2014, le M'PEP devenu depuis le Parti de l'émancipation du peuple avait invité Jacques Cotta, journaliste et réalisateur. Avec sa fougue habituelle, sa pertinence, celui-ci avait dressé les jalons en parallèle de ce qu'accomplirent les membres du CNR dans les conditions ô combien difficiles et dangereuses du Grand Conflit, et le grignotage journalier, mais impitoyable auquel les traîtres qui ont réussi à investir nos destinées réussissent à faire passer la vie de notre pays dans la poche de quelques requins.


Il avait complété son exposé, au cours des réponses à la salle. Cette partie-là de son discours n'est pas moins importante.


Les vraies questions ont été mises sur la table, au risque de déplaire aux politiciens "habituels", les seuls qui ont droit aux principaux médias.

Non, la sortie de l’euro n’est pas la question centrale : c’est une mesure annexe d’une reprise en main par tous des leviers de commande. Qu’on ne s’y trompe pas, et c’est Mitterrand lui-même qui l’énonçait à la fin de sa vie : nous sommes en guerre, une guerre impitoyable, mortelle et sur tous les plans. C’est pourquoi un ressaisissement de toute la base de la nation est si impératif, comme dans les heures sombres d’il y a plus de 70 ans. Comme il y a 70 ans, la France abonde en ruines, en friches, en ghettos, en misères. C’est au point que si Coluche revenait aujourd’hui, et constatait combien ce petit mouvement qu’il avait impulsé est devenu vital, sans doute ne voudrait-il pas créer les Restaus du Cœur. Quand le caritatif sauce "bonnes dames patronnesses" supplante la simple vie sociale normale c’est qu’on est revenu aux explosions des Canuts, il y a un siècle et demi.

Que s’est-il passé ? Reprenons la liste des fondateurs de la Réserve Fédérale US dont je rappelle qu'il s'agit d'une banque privée : aujourd’hui ce sont les mêmes, ou leurs descendants, qui contrôlent le monde entier pour leur seul bon plaisir. Leurs critères ne sont pas exactement ceux des peuples écrasés sous leur joug. Or, c’est délibérément que, à partir du 3 janvier 1973, les édiles de la République ont vendu le pays tout entier aux appétits de ces Messieurs. Connaissant la date de la bascule, à nous tous de veiller à ramener le balancier de notre côté.

Oui, la question de l’euro, à la lumière de tout cela, c’est un détail.

dimanche 19 juillet 2015

Sortir de l'euro et de lunion européenne, Grèce, France et autres : étude du Parti de l'émancipation du peuple

C'est un gros document, chargé de sens et de responsabilité !

Découvrons-le sur le site du Parti de l'émancipation du peuple.

Il parle de la Grèce, et de la façon dont elle a été violée et trahie. Malgré la participation du Parti les 26-27-28 juin à Athènes à un Forum... contre l'union européenne !

Préparation du rassemblement, à Athènes

Il parle de la France, et de la façon de la sauver.

Il parle de nous tous, y compris les plus humbles dont fait partie Sylvain Baron, humble leader de fait d'un mouvement qui ne demande qu'à grandir.

Nous sommes dans une période sans doute charnière, où l'incertitude est de mise. Une seule évidence reste : dans l'union européenne, point de salut ! Il sera toujours temps, APRÈS, de recréer des liens entre des nations souveraines, aux peuples souverains.



vendredi 14 février 2014

Irresponsables financiers

Vu sur Facebook une intervention de Lucien Vibrant. Je la reproduis ici.


-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-


Ils sont sordides, ceux qui tirent à boulets flamboyants sur ceux qui osent, preuves et arguments à l'appui, démontrer que la structure de la zone euro telle qu'elle existe actuellement est aberrante, et allant encore plus loin, que les fondements mêmes de l'union européenne tout entière sont délétères et sources de malheur : à la fois de malheur pour les travailleurs privés de leur travail pour raisons de licenciements financiers, et de malheur pour d'autres travailleurs dont les conditions, acceptant ces nouveaux boulots, restent misérables.


Les seuls bénéficiaires de cette situation sont des brasseurs d'argent internationaux, parfaitement inconscients des dégâts qu'ils causent par leur irresponsabilité voulue, voire édifiée avec passion.  Qui va s'élever contre ces dénonciations ? Des activistes, qui par exemples vont amalgamer les lanceurs d'alertes à "des antisémites" au prétexte complètement bidon que certains de ces irresponsables financiers seraient (?) juifs. C'est tiré par les cheveux ? Plus que cela encore, sans doute. Il y a des blonds partout, des unijambistes partout, des accros au gain partout. C'est tout.

Il s'agit seulement de découvrir ces addicts au PROFIT, afin de les neutraliser et les empêcher de nuire. De même que les chauffards sont gentiment amenés à cesser de conduire s'ils s'avèrent réellement dangereux. Il faut seulement que les peuples réussissent à faire entendre leur voix, au point de reprendre la main sur ces irresponsables eux aussi dangereux. La plus grande difficulté réside dans le fait que généralement, ce sont eux qui ont en main les médias, les lois, la "force publique" détournée en outil de coercition vis-à-vis de ces mêmes peuples.

mercredi 12 février 2014

Europe des banquiers, ou Europe des Nations ?

Mais qu'ont donc ces enragés de politiciens (y compris Tsipras mais aussi Mélenchon et d'autres) à vouloir garder cette union européenne, basée sur de très mauvais traités depuis le départ (traité de Rome) ? Dans ces conditions on peut comprendre les quasi-persécutions subies par un Asselineau, dont le seul mérite est d'avoir compris là où le bât blesse. Malheureusement il s'arrête largement en chemin. Dupont-Aignan est encore plus frileux semble-t-il.

Oui, c'est clair, une Europe peut exister, unie parce qu'union de nations, pas de banquiers. Paradoxe, pour des raisons de convivialité, elle peut même garder une monnaie commune, ce qui simplifierait échanges et déplacements. Cela permettrait aussi de n'avoir aucunement à régler à nouveau les distributeurs de billets. Les comptes à vue des clients bancaires, libellés en monnaie locale, auraient seulement deux soldes, l'un en monnaie, l'autre en euros selon une parité décidée par la banque nationale une fois par semaine, par exemple. J'avais même lu une étude (je pense que c'est de Sapir) qui avait conclu que le "franc" aurait la même parité avec l'euro, ou peu s'en faut, d'autres comme l'Italie baisseraient, et l'Allemagne monterait. Au bilan l'euro serait donc dévalué par rapport aux monnaies mondiales, ce qui donnerait une bouffée d'oxygène.

L'Europe, c'est notre avenir, à coup sûr. Mais débarrassée des scories financières du genre "concurrence libre et non faussée" largement faussée précisément par les multinationales, elle pourrait devenir un espace de fraternité entre peuples qui se savent de cultures, de langues, etc... différentes tout en partageant ce petit promontoire au ponant de l'Asie. Il lui suffirait d'accepter un contrôle des échanges commerciaux, basé sur la façon dont les marchandises seraient fabriquées ou récoltées. En contrepartie, il serait nécessaire et judicieux d'aller aider les habitants des pays (d'Afrique en particulier) où de grandes sociétés mettent en esclavage agriculteurs et ouvriers, y compris les enfants. Ce serait l'occasion d'entrer en guerre contre les multinationales afin de les amener à rendre gorge.

Entre peuples qui s'estiment parmi le monde entier, il serait possible de faire de grandes choses, à condition de ramener les banquiers à n'être plus que des serviteurs, et non des maîtres (disparition de l'intérêt, disparition du droit à reprêter l'argent selon des réserves dix ou vingt fois, cent fois  inférieures).  Voilà ce qu'il faut réussir à faire. Gageons que les pollutions ne s'étendraient plus, que la faim ne serait plus un fléau, et l'ex-multimilliardaire, plutôt que de déguster du caviar, irait humblement comme ceux de son quartier acheter le poisson de Paulo qui vient de rentrer au port. Une idée me vient : au départ, ce sera un peu dur.


mercredi 5 février 2014

Le retour du débat sur l’euro vu par Laurent Pinsolle

Une vidéo intéressante et très parlante a été faite par Laurent Pinsolle il y a un an, concernant l'euro, et la pertinence d'en sortir.



Pourquoi et comment démonter l'euro : Entretien... par dlrtv


Je ne serai personnellement pas d'accord sur tout, mais les mécanismes qui entraînent la catastrophe actuelle (le mot n'est pas trop fort) sont très clairement décortiqués. Bien entendu, la propagande est très forte pour maintenir le statu quo actuel, en particulier afin de permettre l'avènement du Grand marché international avec les États-Unis.  Nous y serions alors particulièrement sensibles, parce que tout est déréglementé et qu'aucun garde-fou ne subsiste. Nos dirigeants nationaux et internationaux y ont veillé, conseillés par des lobbyistes puissants et persuasifs.

vendredi 18 octobre 2013

Comment Pierre Mendés France aurait-il pu dire que le meilleur moyen de sortir de l’euro eût été de ne pas y rentrer ! (Environnement géopolitique)

Les horreurs de la "construction européenne" continuent à occuper une place de choix en économie, bien que peu de simples citoyens y prennent garde. Un article sur le blog "Environnement géopolitique" nous explique tout, y compris comment plusieurs personnalités de premier plan, au fil des années, ont tiré en vain la sonnette d'alarme. Merci au Grand Soir d'avoir donné ce lien particulièrement intéressant. A la veille des élections européennes de mai prochain, il n'est pas inutile de rappeler que certains, dès le départ, avaient tout compris. C'est pourquoi récuser cette pseudo-Europe, simple plate-forme commerciale et financière se moquant des citoyens, est plus que jamais à l'ordre du jour. 

Il est seulement dommage que même le Front de Gauche, dans son programme "L'humain d'abord", ne fasse pas un préalable de cette sortie du système alors qu'elle est la clef de voûte d'un rétablissement de la situation. Au prix, il ne faut pas se leurrer, d'une "traversée du désert" inévitable, à affronter en commun et en se serrant les coudes. On ne guérit pas en un tour de passe-passe d'une grave maladie. En revanche, si nos concitoyens font ce choix, il n'est pas douteux qu'assez vite ceux d'autres pays récusent leur équipe dirigeante et optent pour une solution similaire, qui nous confortera mutuellement. Car alors, au lieu d'être dispersés devant le cartel des banksters, nous serons un front uni, pas nationaliste, mais citoyen et responsable.
bab



-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-


Comment Pierre Mendés France aurait-il pu dire que le meilleur moyen de sortir de l’euro eût été de ne pas y rentrer !

Comment Pierre Mendés France aurait-il pu dire que le meilleur moyen de sortir de l’euro eût été de ne pas y rentrer !

Nombre de politiques à gauche et même à droite s’accordent à reconnaitre en Pierre Mendés France la stature d’un très grand personnage politique. Beaucoup ont oublié cependant que-tout comme le Général de Gaulle-il fut très critique sur le modèle de la construction européenne.

A l’heure où le débat sur l’Europe, sur la Crise, sur la Finance, sur l’immigration et les Roms est presque systématiquement associé dans les médias aux thèses du FN ou des « extrémistes populistes » de gauche, il est bon de rappeler que ces deux grandes figures de notre Histoire, De Gaulle et Mendés, ont émis de sérieuses réserves sur la Construction Européenne. Le Peuple, lui-même, les a suivis dans son refus du TCE en 2005.

Lors du débat sur le Traité de Rome à l’Assemblée Nationale en 1957, Pierre Mendès France a prononcé un discours véritablement prophétique dénonçant les dangers structurels d’une construction européenne mal conçue ; fondée sur la concurrence entre Etats et ignorant les nécessaires convergences sociales, fiscales, économiques, cette construction ne peut, selon Mendés, que déboucher sur un certain nombre de conséquences nuisibles qu’il énonce point par point.

On peut trouver le texte intégral de ce discours sur le Journal officiel de la République française. 19 janvier 1957, n° 3, p. 159-166 ; les parties essentielles figurent sur ce site.

Je ne vais citer ici que l’une des dernières phrases du texte ainsi que les divers titres des paragraphes structurant ce discours :
" L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement « une politique », au sens le plus large du mot, nationale et internationale. "

LE MODÈLE SOCIAL MENACÉ DE DISPARITION

LA POLITIQUE FISCALE SOUS PRESSION

DESINDUSTRIALISATION ET CHÔMAGE

LIBÉRALISATION FINANCIÈRE ET CAPITAUX SANS FRONTIÈRES

IMMIGRATION ET CHÔMAGE

LE POUVOIR D’ACHAT

DÉFICITS, MONNAIE ET INDÉPENDANCE NATIONALE

Le Tableau ainsi décrit est saisissant de réalisme, d’autant plus qu’il a été rédigé en 1957, au début des Trente Glorieuses, lors d’une période que les économistes météorologistes qualifient d’embellie (à défaut de vouloir en expliquer les causes) et que seule, la profonde compréhension par Mendés des mécanismes politiques et économiques, lui a permis d’anticiper ainsi toutes les dérives de la Construction Européenne et plus généralement de l’ouverture dérégulée du Marché.

D’autres après lui ont fait des analyses semblables tels Maurice Allais, le prix Nobel d’économie, dès le milieu des années 70 mais ils n’ont pas été suivis. Le débat sur le Traité de Maastricht permit également à Philippe Seguin de réitérer les propos de Mendès France dans son discours pour la France à l’Assemblée Nationale

« Voilà trente-cinq ans que toute une oligarchie d'experts, de juges, de fonctionnaires, de gouvernants prend, au nom des peuples, sans en avoir reçu mandat des décisions dont une formidable conspiration du silence dissimule les enjeux et minimise les conséquences…
je reconnais bien volontiers que le conformisme ambiant, pour ne pas dire le véritable terrorisme intellectuel qui règne aujourd'hui, disqualifie par avance quiconque n'adhère pas à la nouvelle croyance, et l'expose littéralement à l'invective. Qui veut se démarquer du culte fédéral est aussitôt tenu par les faiseurs d'opinion (...) au mieux pour un contempteur de la modernité, un nostalgique ou un primaire, au pire pour un nationaliste forcené tout prêt à renvoyer l'Europe aux vieux démons qui ont si souvent fait son malheur…

Dès lors, le processus de l'union économique et monétaire mérite trois commentaires.

En premier lieu, il renouvelle le choix d'une politique qu'on pourrait qualifier de « monétarienne », qui est syno­nyme de taux d'intérêt réels élevés, donc de frein à l'investissement et à l'emploi et d'austérité salariale. Notons à ce propos l'hypocrisie fatale qui consiste à parler de « franc fort » lorsque le refus de la dévaluation se paie du blocage de l'investissement et de l'explosion du chômage. C'est très exactement la réédition de la «politique du bloc-or » qui a conduit l'industrie française à la crise au cours des années trente. Bonjour la modernité!

Maastricht, c'est ensuite la suppression de toute politique alternative, puisque la création d'un système européen de banque centrale, indépendant des gouvernements mais sous influence du mark, revient en quelque sorte à donner une valeur constitutionnelle à cette politique de change et à ses conséquences monétaires.

Quant à ceux qui voudraient croire qu'une politique budgétaire autonome demeurerait possible, je les renvoie au texte du traité, qui prévoit le respect de normes budgétaires tellement contraignantes qu'elles imposeront à un gouvernement confronté à une récession d'augmenter les taux d'imposition pour compenser la baisse des recettes fiscales et maintenir à tout prix le déficit budgétaire à moins de 3 p. 100 du PIB.

Enfin, et je souhaite insister sur ce point, la normalisation de la politique économique française implique à très court terme la révision à la baisse de notre système de protection sociale, qui va rapidement se révéler un obstacle rédhibitoire, tant pour l'harmonisation que pour la fameuse « conver­gence » des économies. »

La critique de Philippe Seguin est encore plus radicale puisqu’il juge inconstitutionnelle la décision de faire adopter le projet de loi constitutionnelle nécessaire à la ratification du Traité par l’Assemblée et non par un référendum populaire :
« C'est en tout cas avec gravité que je viens inviter cette assemblée à opposer l'exception d'irrecevabilité au projet de loi constitutionnelle que le Gouvernement nous présente comme préalable à la ratification des accords de Maastricht négociés le 10 décembre 1991 par les chefs d'État et de gouvernement des pays membres des communautés européennes et signés le 7 février dernier.
Mon irrecevabilité se fonde sur le fait que le projet de loi viole, de façon flagrante, le principe en vertu duquel la souveraineté nationale est inaliénable et imprescriptible, ainsi que le principe de la séparation des pouvoirs, en dehors duquel une société doit être considérée comme dépourvue de Constitution . » ( Le Traité lui-même a bien été ratifié par référendum avec 51,05% des voix).

On n’a pas entendu Philippe Seguin en 2005 lors du débat sur le TCE mais on peut penser que son discours pour la France a du lui chatouiller la mémoire.

Nombre d’économistes s’interrogent aujourd’hui sur la politique de l’UE et la pertinence de l’euro tels le groupe des Economistes Atterrés ou le prix Nobel d’économie Paul Krugman.

Ce dernier, dans ses chroniques à la radio et télévision belge RTBF, compare en effet les situations de l’Indonésie en 1998 et de la Grèce en 2008 :
« Comparons maintenant avec les résultats de la Grèce, où sa production a chuté de plus de 20% depuis 2007 et est toujours en chute libre. Personne ne sait quand la relance va se produire et je suis d’avis que peu d’observateurs s’attendent à voir l’économie grecque revenir à des niveaux d’avant crise durant cette décennie…

Pourquoi les choses sont-elles si terribles cette fois-ci ? L’une des réponses, c’est que l’Indonésie avait sa propre monnaie et que la chute de la rupiah fut finalement une très bonne chose. Pendant ce temps, la Grèce est piégée par l’euro. Cependant, l’on peut ajouter que les dirigeants politiques étaient plus souples dans les années 90 qu’ils ne le sont aujourd’hui. Le Fonds Monétaire International demanda au départ de dures politiques d’austérité en Asie, mais fit rapidement machine arrière. Cette fois-ci, les exigences placées sur la Grèce et d’autres pays endettés ont été dures et sans relâche, et plus l’austérité échoue, et plus l’on exige que du sang soit versé. ».

On ne peut ignorer un tel avis sans d’abord prendre le temps d’en débattre.
Tous ces débats sur la construction Européenne, sur le rôle de la BCE, de l’euro, de la mondialisation dérégulée, ne peuvent plus être ostracisés par la classe politique et médiatique dominante.

Il faudrait que les futures élections européennes de 2014 permettent d’ouvrir de véritables débats sur ces questions et que l’on oublie un instant le « terrorisme intellectuel » évoqué par Philippe Seguin.
Sinon le redoutable « homme providentiel » craint par Pierre Mendés France pourrait bien revêtir la figure de Marine Le Pen et ce ne sont pas les électeurs de Brignoles ni le tout récent sondage Ifop sur les européennes qui viendront le démentir.

dimanche 26 mai 2013

Plaidoyer - Pour une monnaie commune sans l’Allemagne (ou avec, mais pas à la francfortoise) (Frédéric Lordon)

Nous avons déjà cité ici Frédéric Lordon. Sa dernière mouture présente un grand intérêt, au point que je ne peux manquer d'en faire état ici : c'est dans les Blogs du Monde Diplomatique qu'il a déposé ce réquisitoire contre l'actuel système européen, bloqué par la volonté à long terme de l'Allemagne (et non d'Angela Merkel seule) dans une gestion mécanique et catastrophique pour tous.

Il s'agit bien entendu là d'un extrait seulement, mais la lecture de ce document est hautement instructive, même si personnellement je nourris des idées légèrement différentes sur le remède à apporter à une situation décidément intenable. Écoutons Monsieur Lordon.

-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-


1]) s’accroche maintenant aux hypothèses les plus ténues pour éviter de sombrer corps et âme dans la honte historique. Une vaillante escouade de « responsables du PS français et du SPD allemand » a, par exemple, enfin cerné l’origine du « mal européen » dont elle redoute, à raison, d’avoir à pâtir : c’est « l’alliance néolibérale et conservatrice majoritaire [2] » — comprendre Angela Merkel et David Cameron. Que David Cameron soit premier ministre d’un Etat qui n’appartient pas à la zone euro sera considéré en première approximation comme un enrôlement admissible puisqu’il s’agit de démontrer que, fût-elle sous la bienveillante tutelle de toutes les DC européennes, la monnaie unique aurait le visage progressiste et riant qui résulterait de l’inversion trait pour trait de sa sale gueule austéritaire présente. Bernard Guetta, intellectuel organique de la DC européenne, ne dit pas autre chose et nous montre même la lumière au bout du tunnel : « L’Union européenne n’est pas génétiquement de droite. Elle est conjoncturellement à droite, ce qui n’est pas du tout la même chose car ce que des élections ont fait, d’autres élections peuvent le défaire. Il faut, autrement dit, que cesse la fausse et mortifère identification de l’Europe à ses politiques du moment [3] ».
Tel le radeau de la Méduse, la Droite Complexée (DC, ex-Parti socialiste [

L’Europe constitutionnellement (ordo)libérale… Retour à la table des matières

On va dessiller Bernard Guetta — et ses amis Complexés avec lui — quitte à ce que la lumière au bout du tunnel finisse par lui apparaître comme les phares du train qui arrive en face. En matière économique, l’Union européenne n’a pas de politique, au sens très précis d’une possibilité discrétionnaire d’initiative.

(suite et fin de cet article très étoffé, dans les Blogs du Diplo)

dimanche 31 mars 2013

De Weimar... au cauchemar

Vu ce commentaire de Macarel, sur le blog du Yeti : à méditer longuement.

Vous entendez, "là-haut" ?

15. Le 30 mars 2013, 20:44 par Macarel
 Répondre à ce commentaire par Macarel
Angela Merkel en meeting à Leipzig
Petit échange avec Paul Jorion sur son blog, cette après-midi.

A propos de l’analogie de la situation actuelle avec la République de Weimar, il m’a répondu:
La zone euro : 17 républiques de Weimar (sauf l’Italie, espérons que cela la sauvera, elle a déjà beaucoup donné).

Pour l’Italie
Ils n’ont pas de gouvernement de Weimar parce qu’ils n’ont plus la capacité de former un gouvernement : trop d’abstentionnistes et trop de votes de protestation parmi les derniers électeurs qui prennent la peine d’aller voter.

Quoi qu’il en soit 17 Républiques de Weimar à la fois cela fait beaucoup.

17 pays mettant en œuvre en même temps des mesures de déflation compétitive, voilà une excellente recette pour couler tous ensembles, y compris in fine l’Allemagne et ses satellites. Comment 17 pays qui commercent principalement entre eux pourraient-ils simultanément arriver à avoir des excédents commerciaux. Pour l’instant les pays “fourmis” ont accumulé des excédents parce que les pays “cigales” ont accumulé des déficits et des dettes. Ou alors il faudrait que les pays “fourmis” deviennent “cigale” et vice-versa, mais connaissant les tempéraments nationaux de chacun, ce n’est même pas la peine d’y songer.

Mais malgré tout, tout le monde y va en klaxonnant, un tel manque de clairvoyance collectif “forcerait le respect”, si les conséquences présentes et à venir n’étaient pas aussi funestes pour nos sociétés.

Les “jeux olympiques” des politiques d’austérité vont donc continuer, c’est à qui coupera le plus dans les assurances sociales, dans les systèmes de retraite, dans les taxes sur le capital, et les déficits, les dettes continueront à augmenter, sur fond d’explosion du chômage.

Au final, le “pays gagnant” sera celui qui verra le premier accéder à sa tête un parti national-populiste d’extrême-droite.

-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-


Et Macarel nous livre un lien tout-à-fait édifiant vers un billet de Jacques Sapir...

Ne nous leurrons pas : aussi longtemps que nous, pays d'Europe de l'ouest (pour ceux de l'est, c'est encore un autre cas), serons liés par un traité de Lisbonne dont nos citoyens ne veulent pas, tout sera bloqué et catastrophique. Le dénoncer unilatéralement est indispensable, quitte à garder l'euro comme monnaie d'échange, tout en appliquant à son encontre un coefficient de dévaluation (ou réévaluation pour certains) variable interne à chaque pays selon ses spécificités. C'est bien entendu ce que Merkel ne veut surtout pas, mais un gouvernement courageux peut le lui imposer. Malheureusement, et je l'ai dénoncé depuis longtemps, même Mélenchon n'est pas prêt à donner du poing sur la table à ce point. Je ne parle même pas des autres....

dimanche 9 décembre 2012

Jacques Sapir - La paralysie européenne ( Ria Novosti)


La paralysie européenne

Jacques Sapir
09:00 04/12/2012
"Promenades d'un économiste solitaire" par Jacques Sapir*
Le 21 décembre se tiendra le sommet entre la Russie et l’Union Européenne. Cette date, en un sens, ne pouvait être plus mal choisie. En effet, l’UE a subi, avec l’impasse sur la programmation budgétaire pour les années 2014-2020, de l’UE un triple échec : économique, politique et symbolique. Cette impasse, qui au mieux durera jusqu’au début de 2013, vient après les très difficiles négociations sur la question de l’aide à accorder à la Grèce du début de la semaine. Ces dernières n’ont abouti qu’à un accord partiel, largement dépendant de la capacité du pays à racheter sa propre dette. Elle survient aussi après des négociations extrêmement dures quant à la part respective des États au sein du groupe aéronautique EADS et une réduction importante des ambitions de l’Europe spatiale. Ces événements témoignent de l’épuisement définitif de l’Union européenne à incarner « l’idée européenne ».

Un échec économique
L‘échec sur le budget porte en fait sur 1,26% du PIB des différents pays. Pour 2013 ce sont 138 milliards d’euros qui sont prévus. C’est la faiblesse de cette somme qui pose problème. Alors que la zone Euro est en récession, la logique aurait voulu que l’on se mette d’accord pour un budget de relance, en favorisant la demande et en favorisant des politiques de l’offre et de la compétitivité dans certains pays. Ces politiques ont été quantifiées. Elles impliqueraient, rien que pour le rattrapage de compétitivité, que l’on dépense pour les quatre pays d’Europe du Sud (Espagne, Grèce, Italie et Portugal), environ 257 milliards d’euros par an pendant 10 ans. Si l’on veut être cohérent, il faudrait ajouter à cette somme au moins 100 milliards pour financer des grands projets permettant d’harmoniser la compétitivité des autres pays. Cette dépense supplémentaire de 357 milliards par an, pour un budget d’environ 138 milliards est importante. Elle impliquerait que le budget passe de 1,26% à 4,5%. C’est exactement le contraire qui s’est produit. On voit bien que chaque pays tire à hue et à soi, étant soumis aux règles de l’austérité budgétaire, par ailleurs institutionnalisées par le dernier traité de l’UE, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes ! Les égoïsmes se révèlent de toute part.

Le problème est en fait plus compliqué. Les 138 milliards prévus pour le budget 2013 donnent lieu à des retours, plus ou moins importants, pour tous les pays de l’UE. Mais, sur les 357 milliards qu’il faudrait dépenser en plus, 257 milliards sont des transferts nets à destination des quatre pays du Sud déjà évoqués. L’Allemagne devrait à elle seule contribuer à hauteur de 8,5% et 9% de son PIB par an en transferts nets. Sur une période de dix ans cela aboutit à 3570 milliards d’euros de budget total. Quand on parle du « fédéralisme européen », c’est de cela dont on parle en réalité, car sans transferts importants point de fédéralisme.

Notons que les dirigeants européens n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur une somme de 978 milliards d’euros sur 7 ans (2014-2020) alors que sur la même période c’est 2499 milliards en plus qu’ils auraient dû financer. On mesure l’immensité de la tâche, et son impossibilité dans les circonstances actuelles. La réalité de l’UE est bien l’absence totale de solidarité en son sein, même et y compris quand cette solidarité serait de l’intérêt de tous. Ce que révèle cette situation c’est qu’il n’y a pas de « chose publique» (res publica) dans l’Union Européenne.

Cet échec est révélateur de l’épuisement de l’idée européenne.

Un échec politique
L’échec est ensuite politique et il a été mis en lumière lors du Conseil Européen de la nuit du 22 au 23 novembre. On a parlé d’une « alliance » entre la chancelière allemande, Mme Angela Merkel et le Premier ministre britannique David Cameron, qui aurait abouti à l’isolement de la France. Mais cette « alliance » est en réalité purement conjoncturelle. La Grande-Bretagne poursuit son vieil objectif de réduire l’UE à un espace de libre-échange et à un cadre réglementaire le plus léger possible. L’Allemagne, pour sa part, rejointe sur ce point par des pays comme la Finlande, les Pays-Bas et l’Autriche, s’oppose absolument à ce que les transferts prennent plus d’importance. On sait l’opposition absolue des dirigeants allemands, tous partis confondus, à des transferts massifs, en particulier au sein de la zone Euro. Cela n’implique pas qu’elle partage les vues de la Grande-Bretagne quant à la philosophie de l’UE. Les dirigeants allemands comprennent que cette dernière doit être autre chose qu’une simple zone de libre-échange. Mais, leurs intérêts se rejoignent avec les Britanniques pour s’opposer à l’engagement de sommes supplémentaires, dans la mesure où ils comprennent parfaitement qu’ils seraient, par nécessité, les principaux contributeurs. C’est sur cette alliance que s’est cassée la position française.

L’Allemagne souhaite par dessus tout le statu-quo (qui lui permet de réaliser ses énormes excédents commerciaux au détriment des autres pays de la zone Euro) (1). Mais, elle n’est pas prête à aller au-delà d’une contribution annuelle d’environ 2% de son PIB (soit environ 50 milliards d’Euros). Si l’on met l’Allemagne au défi de payer les sommes évoquées plus haut, soit 8% à 9% de son PIB afin de rendre viable la zone Euro, elle préfèrera la fin de la zone Euro. Là ou nos dirigeant voient le début d’un processus, qui pourrait être étendu, il y a en réalité un engagement strictement limité de l’Allemagne.

Un échec symbolique
Les échecs tant économiques que politiques de la semaine passée sont, bien entendu, révélateurs d’un échec symbolique majeur. Aujourd’hui, qui croit encore en l’Union Européenne ?

Jamais en fait l’Euroscepticisme ne s’est aussi bien porté, non seulement en Grande-Bretagne, mais aussi en France et même en Allemagne. C’est la crédibilité générale de l’UE qui est en cause, et l’on voit bien ici que les stratégies discursives utilisées par les européistes seront de moins en moins efficaces. Ces stratégies reposent sur une délégitimation des opinions négatives, qui sont associées à des catégories dites « peu éduquées » et par cela incapables de comprendre ce qu’apporte l’UE et sur une explication de ces résultats par les simples difficultés matérielles engendrées par la crise. Sur le premier point, il y aurait beaucoup à dire. On voit immédiatement la parenté entre cet argument et les arguments du XIXe siècle en faveur du vote censitaire. Le second argument contient une parcelle de vérité. Il est clair que l’impact de la crise a modifié les préférences des individus. Mais cet argument se retourne contre ses auteurs : pourquoi l’UE a-t-elle été incapable de protéger les personnes des effets de la crise ?

L’UE, par sa politique actuelle nourrit en fait le retour des haines recuites, que ce soit entre pays (Grèce et Allemagne, mais aussi Portugal ou Espagne et Allemagne) ou à l’intérieur de ceux-ci (Espagne, avec le Pays Basque et la Catalogne et Belgique).

Si les échecs économiques et politiques montrent que l’UE est à bout de souffle, l’échec symbolique, illustré dans les derniers sondages, ouvre la voie à des radicalisations des opinions publiques à relativement court terme.

Tirer les leçons de l’épuisement d’un projet européen
On voit bien que certains pays hors du cadre de l’UE ont un intérêt à l’existence d’une Europe forte et prospère. Le cas de la Russie et de la Chine saute aux yeux. La Russie, de plus, est elle aussi un pays européen, même si elle n’est pas uniquement européenne. Il est donc possible de penser un projet européen intégrant toute l’Europe, y compris les pays qui aujourd’hui ne sont pas membres de l’UE et n’aspirent pas à le devenir. Mais à la condition de faire des nations européennes, ces « vieilles nations » qui restent aujourd’hui le cadre privilégié de la démocratie, la base de ce projet. Ce projet devra être construit autour d’initiatives industrielles, scientifiques et culturelles dont le noyau initial pourra être variable, mais qui exigent pour exister que soient remises en cause un certain nombre de normes et des règlements de l’UE. Plus que tout, il faudra procéder à une dissolution de l’Euro. Cette dissolution, si elle est concertée par tous les pays membres de la zone Euro sera en elle-même un acte européen, et pourra donner immédiatement lieu à des mécanismes de concertation et de coordination qui feront en sorte que les parités de change des monnaies nationales retrouvées ne fluctuent pas de manière erratique mais en fonction des paramètres fondamentaux des économies.


(1) Patrick Artus, La solidarité avec les autres pays de la zone euro est-elle incompatible avec la stratégie fondamentale de l’Allemagne : rester compétitive au niveau mondial ? La réponse est oui, FLASH Économie, NATIXIS, n°508, 17 juillet 2012

L’opinion exprimee dans cet article ne coïncide pas forcement avec la position de la redaction, l'auteur étant extérieur à RIA Novosti. 

*Jacques Sapir est un économiste français, il enseigne à l'EHESS-Paris et au Collège d'économie de Moscou (MSE-MGU). Spécialiste des problèmes de la transition en Russie, il est aussi un expert reconnu des problèmes financiers et commerciaux internationaux.
Il est l'auteur de nombreux livres dont le plus récent est La Démondialisation (Paris, Le Seuil, 2011).

mardi 20 novembre 2012

Crise de l'euro: la perspective d’une monnaie commune européenne comme solution (Ria Novosti)

Un billet de Jacques Sapir qui fera date ! C'est l'excellent site Ria Novosti qui nous l'offre ! Ne manquez pas de lui rendre souvent visite !


Tribune libre

Crise de l'euro: la perspective d’une monnaie commune européenne comme solution

Dossier: Crise financière mondiale

Jacques Sapir
10:36 19/11/2012
"Promenades d'un économiste solitaire" par Jacques Sapir*
Tout indique que nous sommes aujourd’hui arrivés à un butoir. L’austérité devient chaque jour un peu plus insupportable, en Grèce, au Portugal et en Espagne, et le spectre d’un défaut de la Grèce revient hanter les ministres des finances de la zone Euro.

Même si des solutions provisoires sont trouvées, ce qui est probable, elles ne dureront que quelques semaines. Il faudra bien prendre des décisions. Soit nous irons vers une surenchère dans l’austérité qui se fera nécessairement par des moyens non démocratiques, soit se posera, enfin, le problème des formes de régulation d’une zone économique hétérogène.

La zone euro, aujourd’hui, n’est pas fonctionnelle ; c’est une évidence qui est désormais admise. Cette zone, il faut le savoir, n’est pas intégrée de manière homogène en fonction des différents pays. En effet, des pays qui ne sont pas membres de la zone euro sont aujourd’hui plus intégrés avec la zone euro que des pays de la zone euro eux-mêmes.

La part du commerce import et export de la Hongrie, de la Pologne ou de la République tchèque avec la zone euro est nettement plus importante que celle de la France, de la Grèce ou du Luxembourg. Par ailleurs, les conditions d’évolution de la productivité restent largement divergentes entre les pays de la zone. Ajoutons que le capital circule de moins en moins au sein de la zone, et les conditions de travail restent largement différentes.

Nous sommes donc bien en présence d’une zone économique hétérogène. En assurer le fonctionnement au sein d’une même monnaie pose de redoutables problèmes dont, parmi les dirigeants internationaux de premier plan, seul Vladimir Poutine semble avoir conscience.

L’hypothèse fédérale, qui est pour l’heure privilégiée par les gouvernements européens, impose de quantifier les transferts des parties riches de la zone euro vers les parties moins riches, voire fortement appauvries. Patrick Artus estime cette charge à 12% du PIB de l’Allemagne qui serait largement (à 90%) payée par l’Allemagne. Une autre manière de faire les calculs est cependant possible. Il est évident que les pays du « sud » de la zone Euro (Espagne, Grèce, Italie, Portugal) devraient faire un effort considérable dans les domaines de la recherche et de l’enseignement afin d’obtenir les gains de compétitivité, de productivité, qui leur permettent d’inverser la tendance d’accroissement de leurs coûts salariaux réels. Il faudrait de plus qu’ils consacrent des sommes importantes à leurs systèmes d’éducation pour que la main d’œuvre soit en mesure d’utiliser les techniques avancées issues de cet effort de recherche et développement. Ces pays devraient en outre recevoir une aide pour financer leur déficit structurel avec l’Allemagne, les Pays-Bas, la Finlande et l’Autriche. ce qui implique à nouveau des montants compris entre 100 et 120 milliards d’euros. Autrement dit, il faudrait transférer à ces pays un minimum annuel de 250 à 260 milliards d’euros. Ces transferts seraient largement financés par l’Allemagne, ce qui porterait la contribution nette de l’Allemagne au moins à 200 milliards d’euros par an, soit 8% de son produit intérieur brut. Le problème, on le voit, n’est pas que l’Allemagne ne voudra pas le faire, c’est que l’Allemagne ne pourra pas le faire ! Une contribution de ce montant aboutirait inévitablement à casser les reins de l’économie allemande.

Cela impose donc de penser à l’autre mode de régulation de cette zone hétérogène : des dévaluations ou réévaluations de monnaies. De nombreux économistes ont déjà signalé que ce serait le moyen le plus simple et le moins coûteux de rétablir la compétitivité pour les pays qui souffrent d’un déficit important en ce domaine. Mais, cela veut dire recouvrer des monnaies nationales. Beaucoup de gens craignent alors légitimement que cela ouvre un espace privilégié à une spéculation monétaire internationale qui, en son temps, a emporté le Système monétaire européen. Il faut se souvenir que les deux grandes crises spéculatives qu’a connues le Système monétaire européen ont fini par aboutir à sa destruction. Il nous faut donc poser les pré-requis d’une monnaie commune européenne.

Tout d’abord, il faudra maintenir les institutions de coordination monétaire entre pays, ne serait-ce que pour définir les niveaux de dévaluation ou de réévaluation que les différentes monnaies nationales devraient adopter les unes par rapport aux autres et pour refaire, de manière régulière (tous les ans ou dix-huit mois) un état de la situation afin de voir si certains pays doivent encore dévaluer ou d’autres réévaluer.

Deuxième point important : il faudra, autant que faire se peut, limiter la spéculation monétaire interne. C’est tout à fait faisable à la condition que les pays qui seront membres de ce nouveau système de coordination monétaire (et non d’une union monétaire) qui devrait évidemment déboucher sur la création d’une monnaie commune s’accordent aussi sur le principe de mesures limitant soit l’existence de compartiments du marché des changes, soit la liberté d’opérations sur certains compartiments. Ces mesures concerneraient évidemment les opérations à très court terme dont certaines (les opérations au jour le jour) pourraient être interdites ou très fortement réglementées. Nous les savons depuis une vingtaine d’années, d’un point de vue théorique, que ces mécanismes de spéculation sont très profondément déstabilisants.

Le troisième pré-requis est l’union bancaire. Il est extrêmement important que les banques, dans les pays qui accepteraient cette monnaie commune, aient les mêmes règles prudentielles et les mêmes règles sur la banque de détail. Il est d’ailleurs complètement aberrant que, dans le cadre d’une monnaie unique évidemment beaucoup plus exigeante qu’une monnaie commune du point de vue d’une union bancaire, on ait laissé les pratiques des banques de détail diverger de la manière que l’on connaît dans les années qui ont précédé la crise. C’est ce qui explique en particulier l’ampleur des dettes des banques espagnoles et le problème des banques irlandaises.

Quelle sera la place de cette monnaie commune dans un système monétaire international ?
Il faut revenir en arrière : en 1995 (l’euro n’existait pas encore), le dollar ne constituait que 59% des réserves des banques centrales. Il est passé de ce niveau à 70% des réserves des banques centrales mondiales en 2003. Autrement dit, l’introduction de l’euro ne s’est pas faite contre le dollar, elle s’est faite contre les petites monnaies (la livre, le yen, le franc suisse). Ce sont ces monnaies qui ont le plus souffert de l’introduction de l’euro.

Si aujourd’hui nous pouvions mettre en place une monnaie commune, celle-ci pourrait à terme devenir un point de référence pour les banques centrales, ce qui impliquerait évidemment que soient émises progressivement des dettes dans cette monnaie commune, en particulier dans le cadre de transactions entre la zone de la monnaie commune et le reste du monde. Car s’il n’y a pas de dettes libellées dans la monnaie commune, on ne peut espérer voir cette monnaie commune servir d’instrument de réserve.

Cette monnaie commune aurait l’immense avantage d’attirer à elle toute une série de pays car ce système beaucoup plus souple que la monnaie unique qui fonctionne aujourd’hui, garantit en même temps une certaine stabilité face aux spéculations internationales. Il est parfaitement imaginable que des pays comme la Russie ou la Chine, sans demander à faire partie de la zone de la monnaie commune, décident d’indexer leur monnaie, en tout ou partie, sur cette monnaie commune. On sait que les dirigeants de ces deux pays ont appelé à l’émergence de nouvelles monnaies de réserve internationales. Ils n’ont évidemment plus confiance dans l’Euro dont on voit depuis deux ans et demi la part dans les réserves des banques centrales diminuer régulièrement. Mais ils n’ont pas plus confiance dans le dollar.

C’est cet hiver que nous verrons le point de rupture. Il est impossible de savoir à l’heure actuelle si la raison l’emportera et si l’idée d’une dissolution concertée, coordonnée, s’imposera ou si, certains dirigeants restant figés dans leurs certitudes et dans leurs illusions, nous irons vers des sorties échelonnées de la zone euro qui conduiraient évidemment à un éclatement de l’euro et rendraient beaucoup plus difficile la reconstitution d’une monnaie commune par la suite.

L’opinion exprimee dans cet article ne coïncide pas forcement avec la position de la redaction, l'auteur étant extérieur à RIA Novosti. 

*Jacques Sapir est un économiste français, il enseigne à l'EHESS-Paris et au Collège d'économie de Moscou (MSE-MGU). Spécialiste des problèmes de la transition en Russie, il est aussi un expert reconnu des problèmes financiers et commerciaux internationaux.

Il est l'auteur de nombreux livres dont le plus récent est La Démondialisation (Paris, Le Seuil, 2011).