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mercredi 26 octobre 2016

La grande misère de la politique

Cet article a cinq ans, il n'a pas pris une ride : ce n'est pas forcement de bon augure. Rappelons-le ici.

Lundi 14/06/2011 17h30


L'Histoire nous l'a démontré tout au long de son déroulement. Ceux qui, par le hasard de la naissance, ou parce que le destin les a portés en position de décider pour les autres, ou même parce que des élections dites "démocratiques" les ont amenés à ce poste, ont souvent brillé par leurs défauts plus que par leurs qualités, par leurs exactions plus que par le sérieux de leur engagement envers le peuple.

honnêteté
De Néron à Philippe le Bel, des Borgia aux souverains espagnols confrontés au Nouveau Monde, car les exemples pullulent, rares ont été les souverains dont la probité pouvait être louée. Peut-être pourrait-on citer Haroun al Raschid, ou le grand Cyrus... Et parmi les élus, il semble que De Gaulle pouvait se parer de cette qualité.
Pour l'époque la plus actuelle, il est préférable de se voiler la face, tant la situation est loin de cet idéal. Serions-nous revenus à cette époque dépravée que fut la Régence ? Non, probablement celle-ci est-elle allègrement dépassée dans la course au gain le plus grand dans les délais les plus brefs. Quant aux noms de ceux parmi les élus ou les décisionnels pour lesquels des enquêtes ont été lancées à leur encontre, leur énumération ressemble plus au Bottin qu'à la liste de la ménagère. C'en est au point qu'un changement s'impose au niveau mondial, tant ce qui est toujours au moins un délit ressemble presque, désormais, à la règle.
C'est d'autant plus grave, que cette malhonnêteté s'étend à la fois sur un défaut de probité généralisé, et sur une façon cynique de s'asseoir sur ses propres engagements, en regardant ailleurs. La confiance est exigée, sans rien en retour qui pourrait la justifier, hormis la force.

humilité
Quand vous prenez en charge le sort des autres, une grande responsabilité pèse sur vos épaules, que vous en soyez conscient, ou pas. De vos actes les plus infimes, en apparence, dépendra le sort de centaines, de milliers, voire de millions de personnes qui vous auront choisi, parfois, mais la plupart du temps qui subiront vos décisions. Tenir compte de ce facteur pour œuvrer au plus juste requiert de l'honneur bien sûr, mais aussi une grande humilité pour oser écouter les critiques, et en tenir compte. L'arrogance, à ce stade, est une catastrophe que tout le monde paye cher.
C'est pourquoi il faut accepter, parfois de se dire que dans ses décisions on s'est trompé, et même l'admettre publiquement afin d'opérer un changement d'orientation, s'il est encore possible. S'il ne l'est pas, il ne faut pas hésiter à trouver une solution peut-être pas idéale, mais meilleure que celle de l'intransigeance.
Sans vouloir être méchant, il n'est pas certain que la grande majorité des exigences mises en pratique au sommet de l'État depuis pas mal d'années déjà, assument cette nécessaire humilité.

solitude
Celui qui accepte cette charge de conduire d'autres personnes, qu'il le veuille on non, est comme le capitaine d'un navire "le seul maître à bord". Il peut s'entourer de conseillers, au nombre parfois pléthorique. Il peut laisser le vote des lois à débattre aux représentants du peuple, ces lois le plus souvent émanent en premier chef de lui-même, et en dernier ressort c'est lui qui signe leur promulgation. Avec des mécanismes un peu différents, aux différents étages de la pyramide des pouvoirs géographiques c'est à peu près le même processus.
Naturellement, ceux qui auront mis en place le plus grand nombre de conseillers auront tendance à se reposer sur eux pour initier la plupart des projets, ceux qui intéressent moins "le grand Homme". C'est une sorte de lâcheté. En revanche, les idées parfois fulgurantes et pas forcément adéquates auront la priorité, et dans ce cas de figure le solitaire se transformera en dictateur pour une décision. Et vivent les critiques !
En tout cas, l'honnête, l'humble, celui qui fera ce travail parce que c'est son devoir, et non parce que cela l'amuse, aura pour lui une grande solitude au cœur.

charisme
Parfois, des décisions seront à prendre, dont l'auteur saura qu'elles sont vraiment nécessaires pour le bien de tous à moyen ou long terme. Celles-là, il lui faudra les expliquer, et les expliquer encore, en toute honnêteté, en toute humilité. Mais en même temps, il faudra faire preuve de charisme pour imposer aux inévitables détracteurs les vues initiant cette décision, et les modalités de celle-ci.
Particulièrement dans ces circonstances-là, la ou le dirigeant(e) se sentira bien seul(e). Même si ses conseillers opinent, et approuvent le raisonnement menant à cette décision, il sera nécessaire d'obtenir de la part d'une fraction large des personnes concernées un assentiment, qui pourra souvent être teinté d'inquiétude et de fatalisme. Éloquence, sûreté dans le maintien, le regard et la voix seront des moyens nécessaires à faire partager ses vues au plus grand nombre.
C'est pourquoi, pour de tels moments, il sera incontournable de "descendre dans l'arène", de se montrer seul en public, et seul contre tous de montrer que le gouvernail est tenu fermement et avec discernement. L'exercice est déconseillé aux hésitants, aux peureux, à ceux qui sont là pour la prébende, et non pour tout simplement diriger.

vision à long terme
De telles prises de risque en public sont habituellement réservées à des projets longs, de ceux que, faute d'en avoir tous les éléments, le commun des mortels a du mal à appréhender, à admettre, à accepter. C'est pourquoi une politique hardie doit se préparer, s'analyser, s'intégrer dans une vision de l'avenir cohérente, et bénéfique pour la majorité.
En lieu et place de réaction, comme procèdent certains au coup par coup en pleine incohérence, il faut prévoir des actions qui auront des effets dans cinq, dix, vingt ans, voire plus. Il faut inscrire dans la durée, concernant certains actes, une vraie politique du futur. Exercice difficile, demandant beaucoup d'implication, de travail, mais exercice indispensable à la gouverne d'un État, s'inscrivant dans la durée. Heureusement, dans la genèse de tels projets, des conseillers bien choisis, mais pas trop nombreux sauront donner du corps à ce qui peut n'être au départ qu'une idée minuscule.

souci du détail
Pour éviter le désagrément de décider l'épée dans les reins, même les grands projets devront entrer dans les détails le plus possible, dès le départ. Ils n'en seront que plus cohérents dans leur application, que plus faciles à expliquer, que plus passionnants à ciseler.
Et puis, entrer dans le détail permet aussi de rester au niveau du simple citoyen, de prendre en compte l'impact que ce projet a pour lui personnellement. Cela aide le décideur à garder les pieds sur terre, à rester humble jusqu'au bout, à garder honneur et probité face à la condition de personnes plus vulnérables. Sans s'y noyer au point de perdre le fil directeur, les détails s'imposent.

grandeur et misère
Le vrai politique, celui qui est là parce que d'autres l'ont choisi, ne peut pas être heureux. Il sait que tôt ou tard il fera des erreurs. Selon sa place dans la société ces erreurs auront plus ou moins d'impact, sur plus ou moins de personnes. Il devra l'accepter, même si cela lui fait mal, surtout si cela lui fait mal. Ce sera pour lui une grande misère, parce que malgré tout il lui faudra continuer, parce que parfois d'autres erreurs inévitables interviendront : il lui faudra à la fois en réduire l'impact par d'autres décisions, et en même temps préparer d'autres décisions avec sérénité et sans faiblir.
Cette misère est en même temps ce qui fait la grandeur du décisionnaire, qui doit constamment maîtriser ses peurs, ses doutes, ses penchants incompatibles avec sa fonction ou sa dignité, pour offrir toujours le meilleur à ceux qui ont confiance en lui, et plus encore à ceux qui n'ont pas confiance. La grandeur est dans l'adversité, la bourrasque et le gros temps.
sabre au clair

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