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lundi 29 août 2016

Je suis raciste, et je persiste

 

Compte tenu des nombreux, très nombreux même, coups de boutoir volontaires à la bonne entente entre tous les humains, il fallait que je réitère mes dires d'il y a cinq ans quitte à ajouter un mot, ou deux. Personne n'en a assez, de ces délits perpétrés par ceux qui font l'opinion, ou ceux qui décident, au nom de "valeurs" pas toujours très nettes ?

 

 

Je suis raciste

mercredi 5 octobre 2011



Que ce soit sous la forme d'un zébu, d'un homo sapiens sapiens ou d'un orang-outang, toute créature qui vit par et pour l'argent est un être à rejeter. Donc vis-à-vis d'une telle erreur, je suis raciste.

Je me suis laissé dire que les zébus ne recherchaient que rarement à s'enrichir sur le dos des yaks. Que les orangs-outangs possédaient une solidarité naturelle et enviable. Que la plupart des animaux qui rampent, volent, crissent, caquettent, blatèrent ont le même humanisme malgré leur obligation de tuer, parfois, pour vivre.

Ne reste que cet homo sapiens sapiens, au rictus parfois déplaisant, mais au sourire pas toujours porteur de bonnes intentions. Le plus dangereux, l'homo sapiens dollarens, porte le plus souvent cravate, belles chaussures et chemise bien repassée. Regardez-le bien dans le soleil couchant : malgré ses lunettes d'aviateur, aux reflets métalliques, ses yeux brillent en forme de S barré de deux traits verticaux. Danger.

Il faut remarquer que ce bipède (oui, généralement c'est ainsi qu'on le voit en public : en privé c'est autre chose) n'a pas toujours le même « métier », comme il dit. Banquier, il se déplace souvent autour du monde dans un véhicule crachant et rapide nommé « avion ». Politicien, c'est la limousine avec chauffeur qui le tente : c'est dans une taille un peu moins importante l'équivalent du véhicule précédent, avec des roues qui tournent violemment au lieu de « tuyères ». C'est pourquoi il passe plus près du sol, en général. Pourtant, on dit souvent de lui que « la Terre ne le porte pas » . Soldat, il présente un accoutrement surchargé de galons, de décorations, d'écussons, de gros boutons, et il adooore faire marcher ou courir d'autres hommes, pendant que lui ne bouge pas. Sa voix est forte. C'est tout, il n'y a rien d'autre à en dire. Les autres bipèdes de cette espèce, que l'on nomme patrons de presse, ou grands industriels, ou encore représentants du peuple, tendent à ressembler à ces types-là, selon les circonstances.

En raison de ces aspects différents, seuls les yeux peuvent les singulariser et les signaler à notre attention. Il faut le répéter, ce sont des animaux dangereux, les seuls qui le soient vraiment sur cette planète. Le plus souvent, ils manœuvreront pour que des humains auxquels ils auront donné des ordres fassent à leur place des besognes cruelles, collectivement, et sans savoir la finalité de leurs gestes. Ces humains normaux, par contagion et mutation, deviennent parfois eux aussi ces sapiens sapiens aux yeux redoutables. C'est pourquoi cette engeance doit être combattue, par la parole, par l'écrit, par le geste aussi quand la pression est trop forte.

Je suis raciste. Je combats l'homo sapiens dollarens. Frères humains, je vous en conjure, cessez de l'écouter, de lui obéir, car il vous tuera tous. Mais rappelez-vous : seuls les yeux peuvent le trahir, malgré les lunettes d'aviateur.

mardi 2 décembre 2014

Impérialisme US - 2014 s'annonce comme une année de vérité pour les États-Unis (Paul Craig Roberts)

C'est un journaliste étatsunien qui l'explique : certes c'est l'un des plus renommés,  car il a aussi été secrétaire adjoint au Trésor. A lire jusqu'au bout.

Merci à Cap 2012.... et après, pour cet article si instructif


Impérialisme US - 2014 s'annonce comme une année de vérité pour les États-Unis (Paul Craig Roberts)

Sur SOTT.NET

Impérialisme - 2014 s'annonce comme une année de vérité pour les États-Unis
Traduit de l'anglais par Avic pour Réseau International



© Inconnu
Deux pressions sont en train de se mettre en place sur le dollar américain. L'une vient de la baisse de la capacité de la Réserve fédérale à truquer le prix de l'or, parce que les approvisionnements en or occidentaux se ratatinent et que les marchés connaissent de plus en plus ces manipulations illégales des prix par la Fed. La preuve de la sous-évaluation des énormes quantités de transactions à découvert sur le marché à terme de l'or papier, à certains moments de la journée où la négociation est mince, est sans équivoque. Il est devenu évident que le prix de l'or est truqué sur le marché des contrats à terme afin de protéger la valeur du dollar contre le QE (NDT : Quantitative easing - l'assouplissement quantitatif, ou la planche à billets).

L'autre pression résulte des menaces insensées de sanctions du régime Obama contre la Russie. D'autres pays ne sont plus disposés à tolérer les abus de Washington de l'étalon mondial du dollar. Washington utilise le système de paiement international basé sur le dollar pour infliger des dégâts aux économies des pays qui résistent à son hégémonie politique.

La Russie et la Chine en ont assez. Comme je l'ai signalé et comme le rapporte Peter Koenig ici http://www.informationclearinghouse.info/article38165.htm, la Russie et la Chine sont en train de déconnecter leur commerce international du dollar. Désormais, la Russie va effectuer ses échanges, y compris la vente de pétrole et de gaz naturel vers l'Europe, en roubles et dans les monnaies de ses partenaires du BRICS.

Cela signifie une baisse importante de la demande pour le dollar américain et une baisse correspondante de la valeur de change du dollar.

Comme John Williams (shadowstats.com) a clairement fait savoir, l'économie américaine n'a pas récupéré de la récession de 2008 et est encore faible. La grande majorité de la population américaine est aux abois du fait de l'absence de croissance des revenus depuis des années. Comme les États-Unis ont maintenant une économie dépendante de l'importation, une baisse de la valeur du dollar va augmenter les prix aux États-Unis et pousser le niveau de vie vers le bas.

Toutes les preuves indiquent l'échec économique des États-Unis en 2014, et c'est la conclusion du rapport de John Williams du 9 avril.

Cette année pourrait également voir l'éclatement de l'OTAN et même de l'UE. Le coup téméraire de Washington en Ukraine et les menaces de sanctions contre la Russie ont poussé les États fantoches de l'OTAN sur un terrain dangereux. Washington a mal évalué la réaction en Ukraine à son renversement du gouvernement démocratiquement élu et l'imposition d'un gouvernement fantoche. La Crimée a rapidement quitté l'Ukraine et a rejoint la Russie. D'autres anciens territoires russes en Ukraine pourraient bientôt suivre. Les manifestants à Lougansk, Donetsk et Kharkov réclament leurs propres référendums. Les manifestants ont proclamé la République populaire de Donetsk et la République populaire de Kharkov. Les larbins du gouvernement de Washington à Kiev ont menacé de mater les protestations par la violence. http://rt.com/news/eastern-ukraine-violence-threats-405/ . A Washington, ils affirment que les manifestations sont organisées par la Russie, mais personne ne les croit, pas même leurs pions ukrainiens.

Les rapports de presse russes ont identifié des mercenaires américains parmi les forces de Kiev qui ont été envoyées pour mater les séparatistes dans l'est de l'Ukraine. Un membre du parti de l'extrême droite néo-nazi au parlement de Kiev, le Parti de la Patrie, a appelé à tirer et tuer les manifestants.

La violence contre les manifestants est susceptible de faire venir l'armée russe et entraîner le renvoi à la Russie de ses anciens territoires de l'Est de l'Ukraine qui y furent rattachés par le Parti communiste soviétique.

Washington, qui prend le risque de proférer des menaces à tour de bras, pousse l'Europe dans deux confrontations hautement indésirables. Les Européens ne veulent pas d'une guerre avec la Russie à cause du coup d'état de Washington à Kiev, et ils comprennent que les sanctions réelles sur la Russie, si elles sont appliquées, leur causeraient beaucoup plus de dégâts. Dans l'UE, l'inégalité économique croissante entre les pays, le chômage élevé, et l'austérité économique rigoureuse imposée aux membres les plus pauvres ont produit d'énormes contraintes. Les Européens ne sont pas d'humeur à supporter le poids d'un conflit orchestré par les États-Unis contre la Russie. Alors que Washington présente à l'Europe la guerre et le sacrifice, la Russie et la Chine offrent le commerce et l'amitié. Washington fera de son mieux pour garder les politiciens européens « achetés-et-payés » et qui sont dans la ligne de la politique américaine, mais les inconvénients pour l'Europe pour suivre Washington sont désormais beaucoup plus importants.

Sur de nombreux fronts, Washington est en train d'apparaître aux yeux du monde comme plein de duplicité, indigne de confiance, et totalement corrompu. Le procureur à la Securities and Exchange Commission (SEC), James Kidney, a profité de l'occasion de son départ à la retraite pour révéler que des personnes haut placées avaient étouffé ses poursuites contre Goldman Sachs et d'autres banques « too big to fail », parce que ses patrons au SEC n'étaient pas préoccupés par la justice, mais « par comment obtenir des emplois bien rémunérés quand ils quitteront les services gouvernementaux », en protégeant les banques contre les poursuites pour leurs actions illégales. http://www.counterpunch.org/2014/04/09/65578/

L'Agence américaine pour le développement international (l'USAID) a été surprise en train d'utiliser les médias sociaux pour renverser le gouvernement de Cuba. http://rt.com/news/cuba-usaid-senate-zunzuneo-241/

Cette audacieuse insouciance vient s'ajouter à la chute du gouvernement ukrainien par Washington, le scandale de l'espionnage de la NSA, le rapport d'enquête de Seymour Hersh selon lequel l'attaque au gaz sarin en Syrie a été un événement sous fausse bannière organisé par un membre de l'OTAN, la Turquie, pour justifier une attaque militaire américaine sur la Syrie , Washington forçant l'avion présidentiel du président bolivien Evo Morales à atterrir pour y effectuer des fouilles, les « armes de destruction massive » de Saddam Hussein, le détournement de la résolution de l'ONU concernant la zone d'exclusion aérienne sur la Libye pour une attaque militaire, et ainsi de suite. Essentiellement, Washington a tellement détérioré la confiance des autres pays dans le jugement et l'intégrité du gouvernement américain que le monde a perdu sa foi dans le leadership américain. Washington est réduit à des menaces et des pots de vin et se présente de plus en plus comme un tyran.

Les coups de marteau auto-infligés à la crédibilité de Washington ont atteint les sommets. Le coup le plus grave de tous est la naissance d'une prise de conscience, partout dans le monde, que la stupide théorie de la conspiration du 11/9 avancée par Washington est fausse. Un grand nombre d'experts indépendants ainsi que plus d'une centaine de secouristes ont contredit tous les aspects de la théorie du complot absurde de Washington. Aucune personne avertie ne croit que quelques Saoudiens, qui ne pouvaient pas piloter des avions, opérant sans l'aide d'aucune agence de renseignement, ont berné l'ensemble de la National Security State, non seulement toutes les 16 agences de renseignement américaines, mais aussi tous les services de renseignement de l'OTAN et d'Israël.

Rien n'a fonctionné le 11/9. La sécurité de l'aéroport a eu des défaillances à quatre reprises en une heure, soit plus de défaillances en une heure qu'au cours de l'ensemble des autres 116 232 heures du 21ème siècle. Pour la première fois dans l'histoire, l'US Air Force n'a pas pu disposer d'avions au sol prêts à décoller ou dans le ciel. Pour la première fois dans l'histoire, le contrôle du trafic aérien a perdu des avions de ligne pendant une heure et ne l'a pas signalé. Pour la première fois dans l'histoire, une température basse de courte durée, provenant de feux sur quelques étages, affaiblit des structures en acier massif au point de causer leur effondrement. Pour la première fois dans l'histoire, trois gratte-ciel sont tombés, à la vitesse d'une chute libre, sans le recours de la démolition contrôlée qui supprime les résistances par le bas.

Deux-tiers des Américains ont gobé cette histoire de cinglés. La Gauche est tombée dans le panneau, parce qu'ils l'ont vu comme une riposte des opprimés à l'empire du mal qu'est l'Amérique. La Droite a gobé l'histoire, parce qu'ils l'ont vu comme une attaque des musulmans diabolisés contre la bonté américaine. Le président George W. Bush a très bien exprimé le point de vue de la Droite : « Ils nous détestent pour notre liberté et notre démocratie ».

Mais personne d'autre n'y a cru, les italiens encore moins. Les italiens avaient été informés quelques années auparavant au sujet des événements faux drapeau du gouvernement lorsque leur président a révélé la vérité sur l'Opération secrète Gladio. L'Opération Gladio était une opération dirigée par la CIA et le renseignement italien au cours de la seconde moitié du 20ème siècle, consistant à faire sauter des bombes qui tuent des femmes et des enfants européens pour en accuser les communistes et, de ce fait, éroder le soutien des partis communistes européens.

Les italiens étaient parmi les premiers à faire des présentations vidéo contestant l'histoire de cinglés de Washington sur le 9/11. Le nec plus ultra de ce défi est le film de 1 heure et 45 minutes, « . Zéro » que vous pouvez regarder ici : http://www.youtube.com/watch ?v=QU961SGps8g&feature=youtu.be

Zéro a été produit comme un film d'investigation sur le 9/11 par la société italienne Telemaco. Beaucoup de gens importants apparaissent dans le film ainsi que des experts indépendants. Ensemble, ils réduisent à néant chacune des affirmations faites par le gouvernement des États-Unis concernant les explications du 9/11.

Le film a été présenté au Parlement européen.

Il est impossible pour toute personne qui regarde ce film de croire un seul mot de l'explication officielle du 9/11.

Il est de plus en plus difficile d'éviter de conclure que des éléments du gouvernement américain ont fait exploser les trois gratte-ciel de New York afin de détruire l'Irak, l'Afghanistan, la Libye, la Somalie, la Syrie, l'Iran et le Hezbollah, et lancer les États-Unis dans l'ordre du jour des néo-conservateurs qui est l'hégémonie mondiale des États-Unis .

La Chine et la Russie ont protesté mais accepté la destruction de la Libye, même si c'était à leur propre détriment. Mais l'Iran est devenu une ligne rouge. Washington a été bloqué, et a donc décidé de causer de gros problèmes à la Russie en Ukraine afin de détourner celle-ci de l'ordre du jour des Etats-Unis ailleurs.

La Chine a été incertaine au sujet du compromis entre ses excédents commerciaux avec les États-Unis et son encerclement croissant par Washington avec des bases navales et aériennes. La Chine est venue à la conclusion qu'elle a le même ennemi que la Russie, à savoir Washington.

Une des deux choses suivantes est probable : soit le dollar américain sera abandonné, entrainant l'effondrement de sa valeur et mettant ainsi fin à l'état de superpuissance de Washington et à la menace qu'il représente pour la paix mondiale, soit Washington mènera ses marionnettes en conflit militaire avec la Russie et la Chine. Le résultat d'une telle guerre serait beaucoup plus dévastateur que l'effondrement du dollar américain.

A propos de l'auteur

Le Dr Roberts fut Secrétaire Adjoint au Trésor US de la politique économique dans l'administration Reagan. Il a été rédacteur en chef adjoint et éditorialiste du Wall Street Journal, chroniqueur pour Business Week et du Scripps Howard News Service. Il a occupé de nombreux postes universitaires. Son dernier livre,The Failure of Laissez Faire Capitalism and Economic Dissolution of the West est disponible ici : http://www.amazon.com/Failure-Capitalism-Economic-Dissolution-ebook/dp/B00BLPJNWE/


mardi 20 novembre 2012

Crise de l'euro: la perspective d’une monnaie commune européenne comme solution (Ria Novosti)

Un billet de Jacques Sapir qui fera date ! C'est l'excellent site Ria Novosti qui nous l'offre ! Ne manquez pas de lui rendre souvent visite !


Tribune libre

Crise de l'euro: la perspective d’une monnaie commune européenne comme solution

Dossier: Crise financière mondiale

Jacques Sapir
10:36 19/11/2012
"Promenades d'un économiste solitaire" par Jacques Sapir*
Tout indique que nous sommes aujourd’hui arrivés à un butoir. L’austérité devient chaque jour un peu plus insupportable, en Grèce, au Portugal et en Espagne, et le spectre d’un défaut de la Grèce revient hanter les ministres des finances de la zone Euro.

Même si des solutions provisoires sont trouvées, ce qui est probable, elles ne dureront que quelques semaines. Il faudra bien prendre des décisions. Soit nous irons vers une surenchère dans l’austérité qui se fera nécessairement par des moyens non démocratiques, soit se posera, enfin, le problème des formes de régulation d’une zone économique hétérogène.

La zone euro, aujourd’hui, n’est pas fonctionnelle ; c’est une évidence qui est désormais admise. Cette zone, il faut le savoir, n’est pas intégrée de manière homogène en fonction des différents pays. En effet, des pays qui ne sont pas membres de la zone euro sont aujourd’hui plus intégrés avec la zone euro que des pays de la zone euro eux-mêmes.

La part du commerce import et export de la Hongrie, de la Pologne ou de la République tchèque avec la zone euro est nettement plus importante que celle de la France, de la Grèce ou du Luxembourg. Par ailleurs, les conditions d’évolution de la productivité restent largement divergentes entre les pays de la zone. Ajoutons que le capital circule de moins en moins au sein de la zone, et les conditions de travail restent largement différentes.

Nous sommes donc bien en présence d’une zone économique hétérogène. En assurer le fonctionnement au sein d’une même monnaie pose de redoutables problèmes dont, parmi les dirigeants internationaux de premier plan, seul Vladimir Poutine semble avoir conscience.

L’hypothèse fédérale, qui est pour l’heure privilégiée par les gouvernements européens, impose de quantifier les transferts des parties riches de la zone euro vers les parties moins riches, voire fortement appauvries. Patrick Artus estime cette charge à 12% du PIB de l’Allemagne qui serait largement (à 90%) payée par l’Allemagne. Une autre manière de faire les calculs est cependant possible. Il est évident que les pays du « sud » de la zone Euro (Espagne, Grèce, Italie, Portugal) devraient faire un effort considérable dans les domaines de la recherche et de l’enseignement afin d’obtenir les gains de compétitivité, de productivité, qui leur permettent d’inverser la tendance d’accroissement de leurs coûts salariaux réels. Il faudrait de plus qu’ils consacrent des sommes importantes à leurs systèmes d’éducation pour que la main d’œuvre soit en mesure d’utiliser les techniques avancées issues de cet effort de recherche et développement. Ces pays devraient en outre recevoir une aide pour financer leur déficit structurel avec l’Allemagne, les Pays-Bas, la Finlande et l’Autriche. ce qui implique à nouveau des montants compris entre 100 et 120 milliards d’euros. Autrement dit, il faudrait transférer à ces pays un minimum annuel de 250 à 260 milliards d’euros. Ces transferts seraient largement financés par l’Allemagne, ce qui porterait la contribution nette de l’Allemagne au moins à 200 milliards d’euros par an, soit 8% de son produit intérieur brut. Le problème, on le voit, n’est pas que l’Allemagne ne voudra pas le faire, c’est que l’Allemagne ne pourra pas le faire ! Une contribution de ce montant aboutirait inévitablement à casser les reins de l’économie allemande.

Cela impose donc de penser à l’autre mode de régulation de cette zone hétérogène : des dévaluations ou réévaluations de monnaies. De nombreux économistes ont déjà signalé que ce serait le moyen le plus simple et le moins coûteux de rétablir la compétitivité pour les pays qui souffrent d’un déficit important en ce domaine. Mais, cela veut dire recouvrer des monnaies nationales. Beaucoup de gens craignent alors légitimement que cela ouvre un espace privilégié à une spéculation monétaire internationale qui, en son temps, a emporté le Système monétaire européen. Il faut se souvenir que les deux grandes crises spéculatives qu’a connues le Système monétaire européen ont fini par aboutir à sa destruction. Il nous faut donc poser les pré-requis d’une monnaie commune européenne.

Tout d’abord, il faudra maintenir les institutions de coordination monétaire entre pays, ne serait-ce que pour définir les niveaux de dévaluation ou de réévaluation que les différentes monnaies nationales devraient adopter les unes par rapport aux autres et pour refaire, de manière régulière (tous les ans ou dix-huit mois) un état de la situation afin de voir si certains pays doivent encore dévaluer ou d’autres réévaluer.

Deuxième point important : il faudra, autant que faire se peut, limiter la spéculation monétaire interne. C’est tout à fait faisable à la condition que les pays qui seront membres de ce nouveau système de coordination monétaire (et non d’une union monétaire) qui devrait évidemment déboucher sur la création d’une monnaie commune s’accordent aussi sur le principe de mesures limitant soit l’existence de compartiments du marché des changes, soit la liberté d’opérations sur certains compartiments. Ces mesures concerneraient évidemment les opérations à très court terme dont certaines (les opérations au jour le jour) pourraient être interdites ou très fortement réglementées. Nous les savons depuis une vingtaine d’années, d’un point de vue théorique, que ces mécanismes de spéculation sont très profondément déstabilisants.

Le troisième pré-requis est l’union bancaire. Il est extrêmement important que les banques, dans les pays qui accepteraient cette monnaie commune, aient les mêmes règles prudentielles et les mêmes règles sur la banque de détail. Il est d’ailleurs complètement aberrant que, dans le cadre d’une monnaie unique évidemment beaucoup plus exigeante qu’une monnaie commune du point de vue d’une union bancaire, on ait laissé les pratiques des banques de détail diverger de la manière que l’on connaît dans les années qui ont précédé la crise. C’est ce qui explique en particulier l’ampleur des dettes des banques espagnoles et le problème des banques irlandaises.

Quelle sera la place de cette monnaie commune dans un système monétaire international ?
Il faut revenir en arrière : en 1995 (l’euro n’existait pas encore), le dollar ne constituait que 59% des réserves des banques centrales. Il est passé de ce niveau à 70% des réserves des banques centrales mondiales en 2003. Autrement dit, l’introduction de l’euro ne s’est pas faite contre le dollar, elle s’est faite contre les petites monnaies (la livre, le yen, le franc suisse). Ce sont ces monnaies qui ont le plus souffert de l’introduction de l’euro.

Si aujourd’hui nous pouvions mettre en place une monnaie commune, celle-ci pourrait à terme devenir un point de référence pour les banques centrales, ce qui impliquerait évidemment que soient émises progressivement des dettes dans cette monnaie commune, en particulier dans le cadre de transactions entre la zone de la monnaie commune et le reste du monde. Car s’il n’y a pas de dettes libellées dans la monnaie commune, on ne peut espérer voir cette monnaie commune servir d’instrument de réserve.

Cette monnaie commune aurait l’immense avantage d’attirer à elle toute une série de pays car ce système beaucoup plus souple que la monnaie unique qui fonctionne aujourd’hui, garantit en même temps une certaine stabilité face aux spéculations internationales. Il est parfaitement imaginable que des pays comme la Russie ou la Chine, sans demander à faire partie de la zone de la monnaie commune, décident d’indexer leur monnaie, en tout ou partie, sur cette monnaie commune. On sait que les dirigeants de ces deux pays ont appelé à l’émergence de nouvelles monnaies de réserve internationales. Ils n’ont évidemment plus confiance dans l’Euro dont on voit depuis deux ans et demi la part dans les réserves des banques centrales diminuer régulièrement. Mais ils n’ont pas plus confiance dans le dollar.

C’est cet hiver que nous verrons le point de rupture. Il est impossible de savoir à l’heure actuelle si la raison l’emportera et si l’idée d’une dissolution concertée, coordonnée, s’imposera ou si, certains dirigeants restant figés dans leurs certitudes et dans leurs illusions, nous irons vers des sorties échelonnées de la zone euro qui conduiraient évidemment à un éclatement de l’euro et rendraient beaucoup plus difficile la reconstitution d’une monnaie commune par la suite.

L’opinion exprimee dans cet article ne coïncide pas forcement avec la position de la redaction, l'auteur étant extérieur à RIA Novosti. 

*Jacques Sapir est un économiste français, il enseigne à l'EHESS-Paris et au Collège d'économie de Moscou (MSE-MGU). Spécialiste des problèmes de la transition en Russie, il est aussi un expert reconnu des problèmes financiers et commerciaux internationaux.

Il est l'auteur de nombreux livres dont le plus récent est La Démondialisation (Paris, Le Seuil, 2011).